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12 décembre 2016

Renée Deschênes DubéÉtudiante de 2ième année en sciences de la nature

La folie des carottes !

À l’approche de la saison hivernale, il peut être tentant de nourrir les chevreuils. Toutefois, le nourrissage hivernal peut entraîner des conséquences sur l’animal et l’environnement auxquelles nous n’aurions pas pensé.

En effet, le nourrissage des chevreuils durant l’hiver, nommé aussi «soignage» dans la région, est néfaste à certains égards pour l’animal. Les cerfs de Virginie ont une alimentation qui est généralement constituée de ramilles d’arbustes et de plantes herbacées. Ces dernières n’étant pas disponibles à longueur d’année, une adaptation du système digestif de l’animal est nécessaire durant la période hivernale. Son alimentation devient alors riche en bois (matière ligneuse) et pauvre en protéines. Pour combler ce manque, les cerfs vont puiser dans leurs réserves de graisse. Il est donc normal qu’ils perdent du poids durant l’hiver. De plus, les aliments qu’on leur offre peuvent s’avérer insuffisants dans leur apport énergétique et contenir un excès d’eau ou de protéines, ce qui peut entraîner des ballonnements, des maladies ou encore une forte dépense énergétique lors de la digestion.

Ensuite, le nourrissage crée souvent une dépendance, car les cerfs ont tendance à revenir aux mêmes points d’alimentation durant l’hiver. Si ses habitudes sont modifiées, ils peuvent s’épuiser à parcourir une bonne distance dans la neige pour se rendre aux lieux où ils sont nourris. Cela peut aussi entraîner une hausse des accidents si les sites sont à proximité d’une route. De plus, si l’on cesse de les nourrir, ils devront à nouveau changer leurs habitudes. Et, comme les cerfs ont tendance à brouter tous les aliments intéressants qu’ils trouvent sur leur passage, telles les haies de cèdres ou encore les ramilles des pommiers, ils risquent d’abîmer les terrains avoisinants les lieux de nourrissage.

Le nourrissage entraîne une hausse de la population des cerfs, chose qui a elle aussi ses conséquences. En nourrissant le cerf l’hiver, on permet à certains individus plus faibles de survivre, ce qui peut entraîner un affaiblissement génétique de l’espèce. Ensuite, les conditions hivernales, les quotas de chasse ainsi que la prédation permettent de contrôler un certain niveau de population afin de conserver la capacité d’accueil d’un environnement. Or, une population trop grande de chevreuils entraîne une surexploitation ainsi qu’un piétinement excessif de la flore, ce qui affecte la régénération du sol. La pression de broutage sur les ramilles et les bourgeons peut empêcher une bonne succession végétale, détruire la niche écologique de certains animaux et limiter la croissance des jeunes arbres. Par exemple, une région qui serait riche en ifs du Canada et qui verrait sa population de cerfs augmenter, verrait diminuer son nombre d’ifs étant donné qu’ils font partie de l’alimentation habituelle des chevreuils. Ces derniers empêchent alors sa succession, puis, quelques années plus tard, cette région se retrouve avec une moins grande quantité d’arbustes de cette espèce.

On peut donc constater que le nourrissage des cerfs durant l’hiver a sa part de conséquences et que cette pratique peut dérégler un écosystème. Étant donné que l’équilibre de la nature peut aisément être perturbé, il faut faire attention aux conséquences qu’ont de telles pratiques. Il vaut mieux avoir confiance à la nature qui saura maintenir une population adéquate.

chronique le cegep au courant

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