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6 novembre 2019

Le nourrissage artificiel des cerfs de Virginie

Plus d’impacts négatifs qu’autre chose

Kathleen Godmer , journaliste

Selon Yannick Bilodeau, biologiste responsable de la faune terrestre et ses habitats à la Direction de la gestion de la faune Laurentides-Lanaudière pour le MFFP, le nourrissage artificiel des cerfs de Virginie occasionne plus d’impacts négatifs qu’autre chose (photo : gracieuseté).
Selon Yannick Bilodeau, biologiste responsable de la faune terrestre et ses habitats à la Direction de la gestion de la faune Laurentides-Lanaudière pour le MFFP, le nourrissage artificiel des cerfs de Virginie occasionne plus d’impacts négatifs qu’autre chose (photo : gracieuseté).

« Les citoyens qui s’opposent à la réglementation ne tiennent pas en compte l’ensemble de la problématique exposée par le biologiste en ce qui a trait aux impacts négatifs du nourrissage », a mentionné Catherine Ippersiel, directrice des communications au Ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles (MERN) et au Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), lorsque Le Courant l’a questionnée quant au conflit qui sévit à Mont-Saint-Michel.

En effet, le 5 juin dernier, Yannick Bilodeau, biologiste responsable de la faune terrestre et ses habitats à la Direction de la gestion de la faune Laurentides-Lanaudière pour le MFFP, était de passage à Mont-Saint-Michel pour y faire une présentation dans le but d’informer la population sur les impacts et les risques de nourrir les chevreuils.

Difficile saison

Dans sa présentation, M. Bilodeau a clairement expliqué que les cinq mois d’hiver représentent la période cruciale pour le cerf. Les grands froids et les importantes accumulations de neige leur font perdre près de 30 % de leur poids et occasionnent parfois des morts accidentelles.

Toutefois, cet animal est en mesure de s’adapter, car ses besoins écologiques changent. Il se concentre en ravages, diminue son activité et adopte une alimentation pauvre (bourgeons et brindilles). 

Selon M. Bilodeau, dans les Laurentides, plus de 15 000 tonnes de carottes et de pommes sont distribuées aux cerfs chaque année. Ce phénomène est considéré comme un loisir d’hiver et souvent exercé dans l’intention de bien faire et d’aider les chevreuils. Par ailleurs, plusieurs municipalités ont adopté un règlement pour régir le nourrissage des cerfs (Mont-Tremblant, Duhamel, Nominingue, La Minerve, Val-Morin et Rivière-Rouge). 

Accoutumance, conséquences et risques

Toujours selon le biologiste, le nourrissage en vient à créer l’accoutumance chez l’animal et entraîne des risques pour celui-ci. Il modifie son comportement en lui faisant abandonner ses ravages et choisir de mauvais habitats. L’animal se concentre et entre en compétition pour obtenir de la nourriture artificielle qui, en fait, affecte sa santé, car elle est inadéquate et occasionne un déséquilibre énergétique, des diarrhées et la ruménite. 

Le plus néfaste provient des fruits et légumes congelés qui apportent un faible rendement énergétique et une grande quantité de glace à digérer, occasionnant ainsi une perte énergétique. Les grains sont aussi mauvais puisqu’ils occasionnent l’inflammation du rumen et même la mortalité. Le maïs est également non recommandé puisqu’il libère des mycotoxines, soit des toxines élaborées par un champignon microscopique et qui le contamine.

Le biologiste recommande donc de laisser l’animal se nourrir naturellement de bourgeons et de brindilles qui contiennent une grande quantité de fibres et qui sont disponibles partout en forêt.

Autres conséquences

Selon M. Bilodeau et une étude du ministère, une autre grave conséquence du nourrissage est l’augmentation des accidents à proximité des sites. 

Pour la région des Laurentides, en 2013, on dénombrait 660 accidents impliquant un cerf. En 2016, ce nombre est passé à 900. Il est aussi question d’une augmentation de 34 % des réclamations présentées à la SAAQ depuis les six dernières années.

Et encore des conséquences

M. Bilodeau, lors de sa présentation, a vraiment pris le temps de ratisser tous les aspects pouvant apporter un impact négatif, allant même jusqu’à parler de déprédation du milieu ambiant et du milieu naturel (haie de cèdres et plantes ornementales broutées), de proximité des prédateurs (coyotes et loups) dans les milieux habités et de la contamination des sites qui apportent d’importants risques de transmission de parasites. Parmi ceux-ci, on dénote l’augmentation locale potentielle de la tique à pattes noires (maladie de Lyme), un foyer de transmission de maladies (fibropapillomes, alopécie, etc.), la transmission de maladie par la salive, les fèces et l’urine, puis des maladies en expansion (dont la maladie débilitante chronique des cervidés, dont le premier cas au Québec a été répertorié dans les Laurentides).

Le rôle de l’État

Le rôle de l’État dans le nourrissage du cerf consiste à assurer le respect des animaux, à sensibiliser et éduquer la population, puis à appuyer les municipalités qui apposent des réglementations en ce sens.

Le MFFP évalue présentement la possibilité de réglementer les activités de nourrissage, d’appâtage et d’utilisation d’urine.

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Kathleen Godmer , journaliste

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