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4 septembre 2019

La faute de Facebook

Frédéric Bérard

Vous vous souvenez peut-être du moment où ces bibittes étranges, appelées « médias sociaux », ont fait leur apparition à même nos vies collectives. Me souviens notamment des discussions de bureau où manifestement, tout le monde, surtout les plus jeunes, était en train de virer fou du fait du nouveau phénomène.

J’étais, au début, l’un des ultras réfractaires à la chose la trouvant, au mieux, insignifiante. Mettre des photos de ses enfants, dévoiler les détails quotidiens de sa vie, divulguer ses états d’âme à une tonne de connus et d’inconnus ? Thanks, but no thanks.

Le printemps arabe vient toutefois, en ce qui me concerne, changer la donne. Des manifestations organisées par l’entremise de Facebook qui en viennent à renverser des régimes peu recommandables ? Là tu jases ! Je m’inscris ainsi aussitôt, croyant dorénavant que se trouve, par ces récentes plates-formes, la clef de l’énigme.

J’y vois d’ailleurs, dès l’inscription, d’autres vertus. D’abord, de permettre l’expression de nouvelles voix lesquelles sont, souvent, davantage intéressantes que celles issues des médias traditionnels. Ensuite, et un peu dans la même veine, l’avenue proposée allait certainement, me dis-je, assurer une démocratisation complète de l’information. La meilleure invention depuis l’eau chaude. Facile.

J’écris ces mots, août 2019, et je suis fasciné par ma naïveté, voire bêtise pure, de l’époque. Comment peut-on être davantage dans le champ !?!? Impossible…Franchement, assurément l’une de mes pires prédictions (oui, il y en a eu d’autres !) à vie. Parce que sans farce, c’est à peu près tout le contraire de ce que j’ai prévu qui s’est produit. Et pas juste un peu.

Et pourquoi ? Essentiellement du fait que ces plates-formes ont donné voix au chapitre à un paquet de gens mal intentionnés, intellectuellement cupides et utilisant les Facebook de ce monde à des fins parfaitement abjectes. Les exemples de ce qui précède, malheureusement, affluent. Parce que l’avènement du réseau social correspond, à plusieurs égards, à la renaissance marquée du concept de « fausses nouvelles, communément appelées « fake news ». Bien que le phénomène propagandiste existe depuis que l’humain vit en société, reste néanmoins que le monopole des médias traditionnels sur l’information assurait, en quelque sorte, une certaine fiabilité de celle-ci. Aujourd’hui ? Hilalala. Étant plongé dans ma relecture de 1984, de George Orwell, il est impossible de ne pas saluer le talent prophétique de cet immense auteur. La novlangue invoquée dans ses pages ressemble étrangement à ce qui existe aujourd’hui. Non ? J’exagère ? Pas sûr. Vous avez vu les mouvements, de plus en plus puissants, invoquant le « complot » derrière les vaccins ? Le lobby des climatosceptiques, niant donc les réchauffements climatiques, et qui obtient selon une étude récente davantage de visibilité que l’ensemble des scientifiques alarmant, dans le beurre, la population ? Et que dire de Trump, qui balance sur son twitter quelques centaines, sinon milliers, de fausses nouvelles par année ? Et Bolsonaro qui accuse, évidemment sans preuve, les ONG d’avoir mis le feu à l’Amazonie, histoire de faire diversion sur sa propre responsabilité ? Comme l’affirmait la biographe de Voltaire : Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose. Jamais été aussi vrai. Et pour finir, un mot de feu Umberto Eco :

« Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d’imbéciles qui, avant, ne parlait qu’au bar, après un verre de vin, et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite alors qu’aujourd’hui ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel. C’est l’invasion des imbéciles ».

À bientôt, lecteurs lectrices. Facebook m’attend.

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Frédéric Bérard