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8 août 2019

La paille

Frédéric Bérard

On joue à un jeu, d’accord? Seule obligation, être parfaitement honnête avec… soi-même.

Alors dès demain matin, nos deux gouvernements, fédéral et provincial, ainsi que notre palier municipal, abolissent totalement et complètement l’impôt sur le revenu et les taxes foncières (j’en vois déjà fantasmer, voire orgasmer, à l’idée). Cela dit, évidemment, ceux-ci mènent ensuite une agressive campagne de relations publiques en martelant le message suivant : si vous souhaitez des programmes sociaux avec un minimum d’allure, des soins de santé adéquats, des routes potables et une éducation porteuse, on compte bien entendu sur votre contribution. Celle-ci sera toutefois de nature volontaire, au montant, arbitraire, de votre choix.

Alors la question qui tue : quel pourcentage de votre revenu envoyez-vous aux gouvernements et à votre municipalité? “ No bullshit ”, avions-nous dit. Et la réponse? 5%? 10-15% Plus? Ah oui? Sûrs de ça?

Où je m’en vais, avec ça? Ici : lorsque laissés sur une base volontaire, l’engagement citoyen, même de bonne foi, ne peut penser égaler, et c’est un euphémisme, la contribution exigée de manière normative, c’est-à-dire par la loi. C’est pour cette raison, vous l’avez compris, que l’État s’est impliqué dans maintes sphères de la vie publique, et ce, essentiellement depuis les années soixante.

Or, en matière environnementale, remarquons que c’est bien souvent la prochaine posture qui est adoptée de façon générale : qu’est-ce que toi, citoyen, tu peux faire pour l’environnement? Qu’est-ce toi, Monsieur Chose, pourrait faire afin de modifier tes habitudes de vie, de consommation? Du recyclage? Du compost? Du BIXI? Manges-tu encore de la viande, mon snoro? Pis t’as pas encore acheté un camion? Hilalala.

Suis-je en train de dénigrer l’importance de ces « petits gestes », comme on les appelle? Pas du tout. Ceux-ci, manifestement, sont nécessaires. Mais ils restent, bien manifestement, largement insuffisant versus le combat que l’humanité s’apprête à affronter. Sais pas trop quel genre d’été vous avez passé, je vous en souhaite un excellent, évidemment, mais en ce qui me concerne, allô l’éco-anxiété. Solide, à part ça. Parce que si vous avez eu le temps, entre deux Mister Freeze, de jeter un œil aux nouvelles environnementales, y a de quoi désespérer. Selon le respecté Intergovernmental Panel on Climate Change, il ne resterait plus 12 ans, mais bien un gros 18 mois afin de pouvoir penser revirer la situation de bord. Que certains glaciers polaires fondent de 10 à 100 fois plus rapidement que prévu. Que des records de chaleur se sont abattus à peu près partout dans le monde (un beau…70 degrés, en Inde). Que dans le Nord, on vient de retrouver 200 rennes sauvages morts de faim du fait du dérèglement climatique. Qu’aucun des pays signataires de l’Accord de Paris ne pourra respecter sa promesse de réduire ses émissions à effet de serre comme convenu, et que même si tel était le cas, rien à faire, l’engagement de Paris est de toute façon trop minime. Que le 30 juillet dernier, l’humanité avait déjà siphonné l’ensemble des ressources planétaires prévues pour l’année. Nous vivons, conséquemment, à crédit.

Et que font nos gouvernements, au fait? Bah rien. À part acheter des pipelines et interdire les pailles en plastique. À se donner le goût de se la planter dans l’œil.

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Frédéric Bérard