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5 juin 2019

Tuer par compassion

Frédéric Bérard

L’affaire de Michel Cadotte, condamné du meurtre de son épouse Jocelyne Lizotte, atteinte de l’horrible maladie d’Alzheimer, défraie encore les manchettes. On se rappelle qu’après neuf années à prendre soin de celle qui, selon ses propres dires, était «l’amour de sa vie», Cadotte, alors dépressif, a tué celle-ci en l’étouffant avec l’un des oreillers du CHSLD où elle séjournait. Un an avant l’acte en question, la défunte s’était fait refuser l’aide médicale à mourir, maintenant légal au pays.

La semaine dernière, ainsi donc, la juge Di Salvio avait à déterminer la sanction applicable. Le Québec, à nouveau, a majoritairement semblé prendre le parti de Cadotte lequel a, faut bien le dire, l’air des plus sincères. Aussi, et simple hypothèse : combien d’entre nous ont-ils eu à prendre soin, un jour ou l’autre, d’un proche? Combien, plus particulièrement, ont eu à côtoyer les affres de l’Alzheimer? Des tonnes, selon toute vraisemblance. Difficile, par conséquent, de lancer la pierre à un gars comme Cadotte, manifestement aussi malheureux que désemparé au moment du crime.

Crime? Oui. Un homicide involontaire, pour être plus précis. La question sur plusieurs lèvres, maintenant: si l’aide médicale à mourir est maintenant légal au Canada, pourquoi condamner un type comme Cadotte qui, la preuve est faite, a agi par pure compassion? Parce que ceci explique cela, en quelque sorte. Si la Cour suprême a considéré, en 2015, qu’interdire l’euthanasie par l’entremise du Code criminel violait les droits à la liberté et sécurité prévus à la Charte canadienne, reste que cette nouvelle possibilité d’euthanasie doit dorénavant passer à travers un processus contrôlé. Jamais il n’a été question, il va de soi, que quiconque puisse mettre fin aux jours d’autrui sans préavis ou avertissement, à l’extérieur des paramètres légaux et médicaux à être établis par les législateurs.

D’aucuns se souviennent ici de la terrible histoire de Robert Latimer, cet agriculteur de la Sasktachewan qui avait décidé, unilatéralement, que son enfant lourdement handicapée par une paralysie cérébrale, âgée de 12 ans, avait suffisamment souffert, celle-ci ne pouvant parler, marcher ou encore s’alimenter par elle-même. Latimer l’empoisonna alors à l’oxyde de carbone, en la laissant dans la voiture garée dans le garage familial. Dans sa décision unanime, la Cour suprême confirme la peine de prison à perpétuité du père de famille, sans possibilité de libération conditionnelle avant 10 ans. Et pourquoi? Parce que la notion de meurtre par compassion n’existe tout simplement pas au pays. C’était le cas à l’époque, et ce l’est encore aujourd’hui, comme le confirme l’affaire Cadotte.

Et pourquoi? Parce que même si l’on ne peut douter du désarroi et de l’intention du meurtrier par compassion, reste qu’il est excessivement hasardeux de permettre à quiconque de tuer au nom de celle-ci.

Les solutions alors? Probablement ceci: élargir les lois sur l’aide médicale à mourir. Parce qu’à l’heure actuelle, celle-ci ne peut être invoquée que dans les cas de mort «raisonnablement prévisible» ou «en fin de vie». Or, ni la fille de Latimer, ni l’épouse de Cadotte, ne se trouvaient dans des situations similaires, et ce, malgré des souffrances manifestes. Au tour des législateurs, dorénavant, de faire preuve de davantage de compassion…

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Frédéric Bérard