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2 mai 2019

Laïcité et dérèglements climatiques

Frédéric Bérard

Dans une discussion récente à savoir quel sujet sera abordé cette semaine, mon patron direct au Courant, le valeureux Simon Dominé, me lance: «la laïcité? Me semble que ça fait juste commencer, cette histoire…». Ok, boss.

Sauf qu’en débutant la rédaction de la présente chronique, l’écoeurantite, assez aigüe merci, me frappe de plein fouet: pu capable, de parler de laïcité. Mon sacré voyage.

D’abord, parce que la lutte médiatico-politique contre le projet de loi 21 est perdu d’avance. Fort de 75 députés et de l’appui presqu’inconditionnel du PQ, aucun doute que ledit projet passera comme une lettre à la poste.

Secondo, et même si le boss a raison sur le fait que le débat ne s’arrêtera pas de sitôt (la disposition dérogatoire étant renouvelable à chaque cinq ans, celui-ci reviendra ainsi dans l’agenda politique à chaque élection, forçant les partis à se positionner à ce sujet), reste que la question obsède l’arène publique depuis plus de dix ans. Et c’est juste là où le bât blesse. Parce qu’il s’agit d’un faux problème, le port de signes religieux étant pour la plupart des postes visés inexistant (policiers, gardiens de prison, juges, greffiers, avocats du gouvernement). Et surtout, et vraiment surtout, parce que toutes ces énergies ainsi consacrées ne l’ont pas été, par définition, ailleurs. Sur des trucs drôlement plus importants et urgents. Le meilleur exemple? L’environnement ou, plus précisément, les dérèglements climatiques. Certainement pas autant autant sentationnalistes, divisifs et spectaculaires que la laïcité. Mais combien plus importants. Parce que de un, l’enjeu existe. Pour vrai. Et deuxièmement, que ses effets dévastateurs progressent à une vitesse vertigineuse. Alarmiste, comme propos? Pas si l’on se fie au consensus scientifique qui, mis à part quelques très rares voix dissidentes, est manifestement installé depuis un certain temps déjà.

Pendant que l’on regarde ailleurs, donc, la communauté scientifique se tue à nous lancer des appels à la mobilisation, aux agissements rapides et drastiques. Comme par exemple l’ONU, qui nous annonce que d’ici trente ans, donc pratiquement demain matin, plus de 300 millions de réfugiés climatiques seront évacués de leur domicile et patelin, à la recherche d’une terre d’accueil. TROIS-CENT-MILLIONS. Presque dix fois le Canada. Vous paniquiez avec les 2 000 demandeurs d’asile haïtiens de l’été 2017? Faudra alors se faire à l’idée. En pensant, cette fois, à quelques dizaines de millions de demandeurs, le Canada étant nécessairement l’un des pays les plus aptes à accueillir ces derniers, ne serait-ce que du fait de l’ampleur inexploité de son territoire.

Autre exemple? Selon plus de 15 000 scientifiques issus d’une multitude de pays, il resterait moins de trois ans à l’humanité afin d’éviter la catastrophe, soit un réchauffement planétaire de plus de 1,5 degrés (d’autres études parlent de 10-12 ans, mais quand même).

Encore des doutes? Besoin d’exemples concrets? Qu’est-ce qui cause, selon vous, les inondations récurrentes des dernières années? Et les canicules de plus en plus puissantes? Les hivers plus longs et rigoureux, les bancs de neige incessants? La biodiversité du Saint-Laurent? C’est ça.

Tout ça, bien entendu, pendant que l’on parle, ou plutôt s’obstine, à propos de turbans et burquas imaginaires…

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Frédéric Bérard