Suivez le courant!       819 623-7374
Partager:
17 avril 2019

Route 117

Québec, Ottawa et le spectre de l’ingérence de compétences

Simon Dominé , Rédacteur en chef

La route 117 (photo: archives – Le Courant des Hautes-Laurentides).
La route 117 (photo: archives – Le Courant des Hautes-Laurentides).

Pourquoi le député fédéral David Graham, qui répète comme un leitmotiv depuis 2015 qu’Ottawa n’est pas l’adversaire mais le partenaire de la région, est-il si discret sur le dossier de l’élargissement de la route 117 entre Labelle et Rivière-Rouge?

Le Courant a voulu comprendre la raison d’un tel silence, alors que le fédéral a été, par exemple, un partenaire majeur dans un autre dossier de taille: celui du branchement à Internet haute vitesse.

Selon le député, le qualificatif de «Transcanadienne» donné à la 117 peut porter à confusion. M. Graham rappelle en effet que cette route de 660 km de long qui relie Montréal à l’Ontario est en fait placée sous la seule et unique juridiction du gouvernement du Québec.

D’où sa discrétion, comme il l’explique, par crainte de se faire reprocher de faire de l’ingérence de compétences: «Je ne veux pas être vu comme celui qui dit au Québec ce qu’il devrait faire».

«L’argent est sur la table»

Le député se porte à la défense du gouvernement fédéral. Il rappelle que bien avant la victoire du Parti libéral du Canada aux élections fédérales de 2015, l’argent pour réaliser les travaux était déjà au rendez-vous du côté d’Ottawa.

«Ce qui arrive, c’est que le gouvernement a fait des programmes massifs avec le gouvernement du Québec depuis toujours pour financer les autoroutes et les routes. Et la décision d’où dépenser cet argent revient à 100% au Québec. (…). Depuis 2002, peu importe les couleurs fédérales, peu importe les couleurs provinciales, on a donné 12,3 G$ en financement total pour les infrastructures du Québec, dont 5 G$ uniquement pour les routes et les autoroutes», souligne M. Graham.

Ce n’est d’ailleurs un secret pour personne parmi les acteurs politiques impliqués dans le dossier: à l’automne 2016, le maire de lac-des-Écorces et président de SOS 117, Pierre Flamand, avait rencontré un représentant du ministre fédéral de l’Infrastructure et des Collectivité alors en poste, Amarjeet Sohi. La rencontre s’est tenue au bureau parlementaire de M. Graham, à Ottawa. Le député atteste que «c’était le même message qu’aujourd’hui, que l’argent est sur la table».

M. Flamand pense même que si le gouvernement du Québec priorisait le dossier du quatre voies entre Labelle et Rivière-Rouge, il serait capable d’aller chercher de l’argent supplémentaire à Ottawa.

Le président de SOS 117 appuie son propos avec l’exemple de la route 175 qui relie la ville de Québec au Saguenay-Lac-Saint-Jean. «Ils ont mis 1,3 G$ sur la 175, donc ce n’était pas l’enveloppe budgétaire habituelle qui était là», rappelle-t-il.

Actuellement, parmi tous les projets routiers inscrits au Plan québécois des infrastructures (PQI) 2019-2029, 24 sont en cours de réalisation, 24 autres sont en planification et 18 – dont celui de l’élargissement de la route 117 – sont encore à l’étude.

Le député fédéral, qui cite les exemples des autoroutes 13, 19 et 50, confirme que la route 117 a «beaucoup de concurrence» au Québec, alors que «Laurentides-Labelle, c’est pas une énorme population».

«Pas acceptable»

Malgré des dizaines de morts, des années de revendications, des études commencées, arrêtées, reprises, prolongées – au coût de 300 000$ – le gouvernement caquiste de François Legault se laisse encore l’option de ne pas réaliser le quatre voies.

Qu’en pense David Graham? Comme son homologue provinciale, Chantal Jeannotte, il représente les résidents des Hautes-Laurentides. La question de la sécurité de ses commettant le touche donc autant qu’elle.

«C’est pas acceptable et c’est le message qu’on doit passer au provincial, reconnaît le député. Mais si c’est moi qui dis ça, ça peut nuire au projet. C’est ça qui m’inquiète tout le temps. (…). Mon message c’est que la décision revient au Québec, l’argent est sur la table. J’aimerais aller plus loin, mais je ne peux pas.»

M. Graham, qui considère lui-même que la 117 est «la plus meurtrière» des routes du Québec, résume le dossier par une image: «Je peux amener le cheval à l’eau, mais je ne peux pas le forcer à boire».

«Nous autres, on donne l’argent au Québec et c’est à eux de décider comment le dépenser dans les infrastructures.» – David Graham, député de Laurentides-Labelle

Partager:

Simon Dominé , Rédacteur en chef

  • Courriel