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11 avril 2019

Le député Graham à propos de l’affaire SNC-Lavalin

«C’est facile de faire une histoire avec ça»

Simon Dominé , Rédacteur en chef

 Le député fédéral David Graham (photo: gracieuseté).
Le député fédéral David Graham (photo: gracieuseté).

Alors que les deux anciennes ministres Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott ont été expulsées du caucus libéral par le Premier ministre du Canada, Justin Trudeau, Le Courant a questionné le député de Laurentides-Labelle, David Graham, au sujet de l’affaire SNC-Lavalin.

Étiez-vous en faveur de l’expulsion du caucus libéral des anciennes ministres Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott. Pourquoi?

Oui. Être membre du caucus, c’est pas juste un titre. C’est faire partie d’une équipe. (…). Imaginez, si vous avez un joueur de hockey qui tire toujours sur son propre filet, c’est pas super bien. Pour le dossier comme tel, je trouve que c’est un peu une distraction. Le vrai enjeu, c’est ce qu’on essaye de faire. Et nos opposants ne veulent pas savoir ce qu’on fait. On a fait un budget incroyable. On met en place un programme de 6 G$ pour régler Internet, on a mis en place des programmes pour les aînés, toutes sortes de programmes intéressants. Mais si on regarde à la Chambre des Communes, de lundi à jeudi cette semaine, un seul député conservateur a parlé pendant le débat sur le budget au complet à cause de l’enjeu SNC-Lavalin. Est-ce que c’est à cause de SNC ou est-ce que c’est parce qu’il ne veut pas que le monde entende parler du budget? Et je pense plus qu’ils ont une petite affaire à mordre et qu’ils ne vont pas lâcher le morceau parce que c’est facile de faire une histoire avec ça. Mais le monde sait ce qu’on fait pour de vrai pour le pays.

«Il faut être capable de tenir sa tête haute, de se regarder dans le miroir à la fin de la journée et de se dire que les choix faits étaient les meilleurs dans les circonstances.» Ce sont les mots de Mme Philpott. Aujourd’hui, après l’éviction de vos deux anciennes collègues, vous estimez-vous capable d’en dire autant?

Absolument. Je pense qu’il y a beaucoup d’informations qui ne sont pas tout à fait claires pour le public là-dedans.

Dans la conversation de 17 minutes enregistrée par Mme Wilson-Raybould, l’ancien greffier du conseil privé, Michael Wernick, insiste afin qu’elle demande à la directrice des poursuites pénales de revoir sa position envers SNC-Lavalin. Si ce n’est pas de l’ingérence politique qui va à l’encontre du principe constitutionnel de l’indépendance judiciaire, vous appelez ça comment vous?

Moi, je ne le vois pas comme ça. La demande qui a été faite à travers tout le processus, c’est d’avoir une opinion d’un expert pour une nouvelle loi ; ce qu’elle a refusé de faire. La loi sur les accords de réparation [ndlr: l’Accord de réparation est un nouvel outil mis en place par le gouvernement canadien, qui permet de suspendre une poursuite criminelle contre une organisation accusée d’avoir commis une infraction. Un tel accord incite les organisations à corriger leurs méfaits, mais leur évite les conséquences d’une condamnation au criminel]. C’est pas une carte de liberté de prison. C’est un accord entre un procureur et une entreprise pour régler leur problème, pour enlever le monde qui font du tort, pour moderniser leur système, (…). La demande du gouvernement a toujours été: «Demande à un expert dans ce sujet, comme par exemple Beverley McLachlin, ancien Juge en chef de la Cour suprême, pour une analyse. Pour voir ce qu’on peut et ne peut pas faire». Ça ne veut pas dire: «Il faut dire à la directrice des poursuites pénales quoi faire». Non. C’est pour, au moins, avoir une opinion. Dans la discussion, c’est Mme Wilson-Raybould qui répond au greffier que c’est pour protéger le Premier ministre: «Je ne veux pas faire ça». C’est ça l’ingérence politique. C’est pas de demander d’avoir des opinions. C’est: «Je refuse de le faire pour des raisons politiques». C’était une raison politique de dire: «Je protège le Premier ministre». (…). On a découvert cette semaine qu’elle a insisté pour que le ministre suivant ne touche pas à ce dossier non plus. Ça aussi, c’est de l’ingérence politique. (…). Si on dit au Premier ministre: «Il faut que ce dossier ne change pas de ma façon de faire», c’est de l’ingérence politique. Quand elle dit que c’est le Premier ministre qui fait de l’ingérence politique là-dedans, c’est au minimum bizarre.

Est-ce qu’en expulsant ces deux femmes vous n’envoyez pas aux entreprises accusées de corruption le message qu’elles pourront toujours s’en tirer à bon compte?

Je ne pense pas du tout. Le problème, à la base, ça n’a rien à faire avec SNC-Lavalin. Le problème, c’est l’ingérence politique. (…). Un accord de réparation, c’est pas, comme je le disais, une sortie de prison gratuite. C’est une méthode pour améliorer la situation et pour éviter de punir les employés qui n’ont rien fait. Il y a 10 000 employés de SNC-Lavalin au Canada. C’est pas eux qui ont fait de la fraude ou de la corruption. Le monde qui a fait ça sont déjà en prison ou poursuivis, ne sont plus dans la compagnie de toutes façons. Qui est-ce qu’on essaye de punir? Une compagnie qui essaye de faire de la corruption va toujours finir par se faire poursuivre. Et le monde qui le font à l’intérieur de la compagnie, ils vont vivre une expérience assez épouvantable. Ça va toujours être poursuivi comme un crime. (…). Je pense qu’il n’y a aucune manière pour dire: «Écoute, à cause de SNC-Lavalin, n’importe qui peut faire de la corruption». Même eux, à travers tout ça, ils ne peuvent pas le faire. Il y a du monde, à travers ça, qui sont vraiment bien punis. Et ça va continuer.

Craignez-vous que cette saga qui dure depuis deux mois mine vos appuis dans votre propre circonscription, en particulier chez les femmes et les autochtones?

Il reste encore 17 ou 18 femmes au Cabinet, qui sont des femmes extrêmement fortes. Je pense qu’il y a huit ou neuf autochtones qui sont dans notre caucus. C’est des hommes et des femmes très forts qui appuient nos positions. On est le gouvernement qui a travaillé le plus fort sur les enjeux autochtones depuis tout temps au pays. (…). Moi-même, j’ai travaillé ce dossier extrêmement fort. La raison pour laquelle on a les langues autochtones à la Chambre des Communes maintenant, c’est à cause du travail que j’ai fait sur le Comité de Procédure. Il n’y a aucune crainte à avoir. On fait notre travail de la meilleure façon possible. Si le monde regarde ce qu’on fait avec objectivité, ils vont voir qu’on a un Premier ministre qui est un vrai féministe, un gouvernement qui est vraiment féministe. Je ne vois pas pourquoi ça devrait dissuader du monde.

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Simon Dominé , Rédacteur en chef

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