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3 avril 2019

Budget fédéral 2019

Les producteurs laitiers déçus des mesures et de la façon de faire

Kathleen Godmer , journaliste

Lors de la journée portes ouvertes sur les fermes du Québec, en septembre 2018, David Graham s’est promené entre les fermes Aux Petits Lopins de foin et des Prés d’Or, à Ferme-Neuve, avant d’aller visiter la ferme Brassard, à La Conception (photo: gracieuseté).
Lors de la journée portes ouvertes sur les fermes du Québec, en septembre 2018, David Graham s’est promené entre les fermes Aux Petits Lopins de foin et des Prés d’Or, à Ferme-Neuve, avant d’aller visiter la ferme Brassard, à La Conception (photo: gracieuseté).

Lors du dépôt de son budget le 19 mars dernier, le gouvernement fédéral annonçait fièrement des mesures censées avoir une incidence positive sur les agriculteurs canadiens. Dans la région, Benoît Legault, représentant des producteurs de lait d’Antoine-Labelle, affirme être déçu de ce qui a été apporté et confirme que les producteurs sont de plus en plus inquiets.

Le gouvernement fédéral clame haut et fort qu’il continue de soutenir la gestion de l’offre et les agriculteurs et a annoncé, lors du dévoilement de son budget, que ceux-ci bénéficieront d’un soutien allant jusqu’à 3,9 G$, leur permettant de mieux composer avec les pertes de revenus liées à la signature d’ententes commerciales mondiales.

«Nous avons mentionné l’importance des accords commerciaux que le Canada a signés au cours des dernières années, que ce soit l’Accord économique et commercial global (AECG), l’Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) et bien sûr l’Accord Canada–États-Unis-Mexique (ACEUM). Nous avons également toujours maintenu, et nous continuons à le faire, qu’il n’est pas question de sacrifier le système de gestion de l’offre, et que nous devons travailler avec les agriculteurs pour leur permettre de continuer à œuvrer dans leur domaine», a expliqué le député fédéral David Graham dans son communiqué de presse.

Loin de voir la chose d’un aussi bon œil, le représentant des producteurs de lait de la région a affirmé que «Ces nouvelles-là, ça fait quatre fois qu’ils nous les sortent. On en a discuté en masse M. Graham et moi. En plus, les mises en candidature pour avoir droit à cet argent-là, ça fait longtemps qu’elles sont finies. C’est clairement du réchauffé tout ça».

Les mesures proposées

Dans le cadre du budget, le soutien proposé se divise en deux volets. D’une part, un montant pouvant atteindre 2,15 G$ sera disponible dans les années à venir pour compenser les pertes de revenus en lien avec les ententes commerciales internationales. Ce montant sera offert aux agriculteurs admissibles des secteurs des produits laitiers, de la volaille et des œufs.

D’autre part, de l’aide sera offerte pour protéger la valeur des investissements des agriculteurs, au moyen d’un programme de garantie de la valeur des quotas. C’est un montant de 1,5 G$ a été réservé à ce programme fondé sur la demande.

«Le montant dont il est question c’est pour compenser les pertes qu’on a eues dans l’industrie quand on a signé le PTPGP et on attend encore des nouvelles sur comment ils vont compenser pour la signature avec les États-Unis, qu’on appelle le nouvel ALENA. On sait que dans ce cas-là on a eu des pertes encore plus importantes qu’avec les autres ententes. Des pertes qui ne sont pas nécessairement monétaires dû au fait que les Américains ont maintenant le droit de regard et de véto sur notre production laitière. Je ne sais pas trop comment on va pouvoir avoir des compensations là-dedans. Il y a beaucoup de mystères et on n’est vraiment pas satisfait de la manière dont l’argent a été distribué», a raconté M. Legault.

Façon de faire décevante

Selon M. Legault, ce ne sont que quelques producteurs qui auront droit aux compensations malgré le fait que tous soient touchés par les répercussions venant de la signature des ententes. Ayant questionné le député Graham pour savoir pourquoi le gouvernement avait décidé de favoriser seulement quelques-uns plutôt que de traiter le tout de manière collective, M. Legault a mentionné que celui-ci ne semblait pas en mesure de répondre.

«On ne comprend pas. C’est un système collectif et tout le monde est pénalisé. On ne comprend pas pourquoi ce ne sont que quelques-uns qui sont favorisés. On perd tous en moyenne 40 000$ par année, je parle de la ferme moyenne au Québec, à cause de ces signatures. C’est beaucoup d’argent! C’est l’équivalent d’un mois de paye qu’on perd. Ce mois-là, c’est ce qui nous permettait de réinvestir dans nos entreprises, de demeurer compétitifs et viables, de pouvoir répondre aux attentes des consommateurs. Là, ce ne sera plus la même chose et c’est certain que ça va paraître dans notre région» a tenu à préciser le représentant des producteurs.

M. Legault a aussi expliqué que tout le processus, pour les mises en candidature permettant d’avoir accès aux compensations, était d’une grande complexité, et que le délai pour le faire était d’à peine quelques semaines, et ce, en pleine période des foins. Il a aussi précisé que suite aux formulaires de candidature, la sélection était faite en fonction des investissements récents faits dans les entreprises agricoles et qu’il n’était pas question de tous les types d’investissements. Il y a donc beaucoup de producteurs qui n’ont pas pu se classer pour avoir accès à ces enveloppes budgétaires.

Toujours selon M. Legault, sur le territoire d’Antoine-Labelle, seulement quatre producteurs auraient bénéficié de cet argent-là.

«On a beaucoup de dossiers qui sont en cours avec le gouvernement fédéral et on s’attendait à avoir des nouvelles de ça plutôt que revenir encore sur ces compensations-là qui sont passées et auxquelles on ne peut plus avoir accès.» – Benoit Legault, représentant des producteurs de lait d’Antoine-Labelle

«Ça a été tout un cafouillage dans tous les sens la manière dont l’enveloppe budgétaire a été déposée.» –Benoit Legault, représentant des producteurs de lait d’Antoine-Labelle

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Kathleen Godmer , journaliste

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