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2 avril 2019

Abus sexuels au sein de l’Église

«Nous voulons montrer qu’on n’est pas des gens dangereux», dit l’évêque Lortie

Simon Dominé , Rédacteur en chef

Comme l’a indiqué l’évêque Lortie (au centre sur la photo), parmi les mesures prises par le diocèse de Mont-Laurier pour contrer les potentiels cas d’agression sexuelle, la brochure des évêques catholiques du Canada intitulée «Protection des personnes mineures contre les abus sexuels» a été remise à toutes les paroisses en octobre 2018 et janvier 2019. Le diocèse de Mont-Laurier compte actuellement une trentaine de prêtres, actifs ou à la retraite (photo: gracieuseté).
Comme l’a indiqué l’évêque Lortie (au centre sur la photo), parmi les mesures prises par le diocèse de Mont-Laurier pour contrer les potentiels cas d’agression sexuelle, la brochure des évêques catholiques du Canada intitulée «Protection des personnes mineures contre les abus sexuels» a été remise à toutes les paroisses en octobre 2018 et janvier 2019. Le diocèse de Mont-Laurier compte actuellement une trentaine de prêtres, actifs ou à la retraite (photo: gracieuseté).

Comme ailleurs au Québec, le diocèse de Mont-Laurier s’apprête à passer ses archives à la loupe, afin de vérifier si des abus sexuels ont pu être commis par certains de ses prêtres depuis 1950 environ. L’évêque du diocèse, Mgr Paul Lortie, a répondu à nos questions.

Qu’est-ce qui pousse le diocèse de Mont-Laurier à faire l’analyse de ses archives, comme le font également d’autres diocèses au Québec?

Ce sujet de l’audit externe des dossiers de prêtres qui ont pu avoir commis des abus sexuels a été étudié par l’ensemble des évêques du Québec. Par la suite, ce sujet a été poursuivi par ce qu’on appelle des provinces ecclésiastiques. (…). Les évêques de l’Inter-Est, qui comprend Rimouski, Gaspé et Baie-Comeau ont dit eux aussi qu’ils allaient faire l’audit. Il reste l’Inter de Sherbrooke, qui comprend Joliette et Nicolet, l’Inter de Québec, qui, je le sais par le biais du cardinal Lacroix, a l’intention aussi d’étudier cette possibilité. Nous autres, on appartient à l’Inter-Ouest. C’est la province ecclésiastique de Gatineau, qui comprend Gatineau, Rouyn-Noranda, Amos et Mont-Laurier. Nous, nous allons étudier ce sujet-là au début d’avril. Alors, ça suit le même mouvement que les autres endroits, sauf que la réunion des évêques de l’Inter-Montréal a eue lieu plus tôt. On est favorable à faire l’audit ; il reste à déterminer les modalités: à qui on va recourir, de quelle façon on va procéder.

On parle d’analyser les archives sur une période qui s’étend de 1950 à aujourd’hui. Pourquoi ne remonte-t-on pas plus loin dans le temps, puisque le diocèse de Mont-Laurier existe depuis 1913?

C’est l’entente et la date qui a été privilégiée par l’ensemble des évêques du Québec. Normalement, on devrait prendre sensiblement la même date, qui est 1950. Pourquoi? Parce que si nous voulons donner des statistiques communes pour l’ensemble des diocèses, c’est important d’avoir sensiblement la même date. (…) Si c’était plus tôt, si vous faites le calcul, mettons qu’on commencerait en 1930, à la fois les accusés et à la fois les victimes, ils sont tous décédés. La préoccupation, c’était de s’assurer que les gens sont encore vivants.

Concrètement, comment et par qui sera menée cette enquête, concernera-t-elle exclusivement les prêtres et sera-t-elle rendue publique?

Oui, on (…) ne fait pas ça pour garder uniquement les renseignements pour nous. On veut les rendre publics. On peut améliorer notre façon de faire pour éviter que ça puisse survenir à nouveau: c’est un peu la principale raison de cet exercice qu’on veut faire. Il faut le faire.

Carlo Tarini, qui représente le Comité des victimes de prêtres, a taxé cet exercice mené par les diocèses de «bidon». Quel est votre point de vue sur la question?

C’est quoi les motifs qui font qu’avant même de connaître l’exercice, il le qualifie de «bidon». Pourquoi il peut dire ça? Pour le moment, nous on veut faire un pas pour amener des correctifs si c’était nécessaire. Alors j’ignore un peu pourquoi il taxe ça d’élément bidon. C’est possible que ça ne soit pas parfait. C’est un premier pas pour tendre à un meilleur service dans le gouvernement que nous faisons. Mais ce que je dis, depuis que ces évènements sont survenus, c’est que nous avons, et pour le diocèse de Mont-Laurier seul et aussi avec d’autres, apporté plusieurs améliorations. On a une politique diocésaine pour un bénévolat responsable en paroisse et au service diocésain. Ce projet a été mené avec un certain nombre de prêtres du diocèse de Mont-Laurier. Elle a été approuvée et on l’a présentée dans toutes les régions du diocèse. On a rejoint 325 bénévoles. On partait de Gracefield, Maniwaki, on a fait Mont-Laurier, Ferme-Neuve, on a fait la Rouge, on est allé jusqu’à Mont-Tremblant, Sainte-Agathe, avec une personne de Saint-Jérôme, l’abbé Forget, qui avait travaillé sur un document similaire (…) pour montrer que dans le bénévolat, il faut être toujours plus prudent. On a sensibilisé tous les bénévoles, y compris les prêtres (…), à une prudence accrue, pour que la population soit confiante quand elle nous confie des jeunes ou des aînés ou qu’elle nous fait des dons. Quand on rencontre des gens qui sont des jeunes ou des jeunes filles, il faut s’assurer qu’on est dans une pièce qui est vitrée même si elle est fermée, de façon à assurer une protection des deux côtés: à la fois pour l’éducateur ou l’éducatrice et à la fois pour le jeune, qui va se sentir davantage en sécurité que dans un local fermé. C’est des dispositions nouvelles (…). Ensuite, le diocèse de Mont-Laurier, (…), a établi une politique et une procédure d’intervention dans le cas d’abus sexuels sur des personnes mineures. Il a été adapté en 2014, mais il était là avant même que j’arrive, dans le but justement qu’on soit encore plus clairvoyant et qu’on apporte un meilleur support à des jeunes qui auraient pu être malchanceux s’ils ont eu des abus, mais aussi pour aider les victimes à dénoncer leur agresseur. Et on vient aussi de se doter d’une politique de prévention du harcèlement psychologique ou sexuel au travail (…). On l’a adopté en janvier 2019 (…).Nous voulons montrer qu’on n’est pas des gens dangereux et, en même temps, apporter de la confiance aux gens qui bénéficient de nos services, en particulier par rapport aux enfants et aux aînés.

En ce qui concerne l’Archevêché de Montréal, on parle de milliers de dossiers. Avez-vous une idée du nombre de dossiers qui seront passés en revue pour le diocèse de Mont-Laurier?

(…). Si on regarde tout confondu, ça peut représenter 300 dossiers, en incluant tous les prêtres, quelque soit ce qu’ils ont pu faire de bon ou de mauvais. Là, exactement, quels sont ceux qui ont pu être condamnés ou quoi que ce soit… Je sais, pour avoir interrogé des gens qui ont servi autour de l’évêque avant moi, que c’était minime le nombre de cas qui ont été poursuivis en justice. Moi, je suis ici depuis seulement sept ans. Alors, ma connaissance du diocèse n’est pas très longue, mais j’ai demandé à des prêtres qui ont dans l’âge de 80 ans et qui ont toujours été à Mont-Laurier (…) et, à leur connaissance, il y a très peu de prêtres qui ont pu abuser des enfants.

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Simon Dominé , Rédacteur en chef

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