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2 avril 2019

Projet de loi 17

Les propriétaires de Taxi Clément veulent donner l’heure juste

Kathleen Godmer , journaliste

Pascal McGrath, copropriétaire de Taxi Clément, voit la grève comme un dernier recours et veut que la population soit bien informée de la situation (photo: Kathleen Godmer – Le Courant des Hautes-Laurentides).
Pascal McGrath, copropriétaire de Taxi Clément, voit la grève comme un dernier recours et veut que la population soit bien informée de la situation (photo: Kathleen Godmer – Le Courant des Hautes-Laurentides).

«On dépose la loi, ça, c’est certain. On ne reculera pas», a affirmé le ministre des Transports, François Bonnardel, le 26 mars dernier. Il n’est pas question pour lui de retirer le projet de loi 17, comme le demande l’industrie du taxi. À Mont-Laurier, les propriétaires de Taxi Clément perçoivent la grève comme un dernier recours et veulent d’abord et avant tout que la population ait l’heure juste concernant la situation.

Le projet de loi 17 propose une réforme de l’encadrement légal des services de taxi et de transport sur demande par application mobile. La principale mesure prévue est l’abolition des permis de propriétaires de taxi transférables, des territoires de desserte et des quotas de permis, permettant ainsi aux chauffeurs d’offrir des services de transport partout au Québec. On parle aussi d’allégement de démarches administratives et de la possibilité d’offrir une tarification traditionnelle établie par la Commission des transports du Québec ou une tarification dynamique.

Le projet de loi ne fait pas l’affaire de l’industrie qui prévoit subir de grosses pertes à plusieurs niveaux. Le gouvernement caquiste a donc décidé d’ajouter un montant 250 M$ aux 250 M$ déjà versés par le gouvernement libéral précédent pour des compensations totalisant 500 M$.

Compensations pour pertes de revenus ou pour rachat de permis?

«En 2012, on a acheté la compagnie Taxi Clément ainsi que les permis de taxi. On a 13 permis qu’on a payé au-dessus de 50 000$ chacun et qui valent maintenant environ 70 000$. Ce sont des permis donnés par la Commission des transports du Québec. Comme c’est là, ça marche par agglomération et à Mont-Laurier, il ne peut pas y en avoir plus. Le problème avec le projet de loi, c’est qu’ils veulent enlever ces permis-là. Ils veulent faire entrer de nouveaux joueurs comme Uber par exemple. Ils veulent enlever les permis, mais pas repayer la valeur actuelle des permis. On dit partout que c’est 500 M$ qui sont offerts, mais ce n’est pas vraiment ça parce qu’il y a déjà 250 M$ qui ont été donnés dans le passé. Nous ici, on a eu 1 000$ par permis. Ce sont les grandes agglomérations, où il y a Uber, qui ont pu bénéficier de montant allant jusqu’à environ 46 000$. Le premier 250 M$ des libéraux étaient pour compenser pour la perte de revenus. Ce qui est ajouté par la CAQ est, aux dires de M. Bonnardel, pour le rachat des permis», a raconté Cédric Piché, un des propriétaires de Taxi Clément.

Bon et moins bon

Le projet de loi se base sur le principe que l’ensemble des chauffeurs doit répondre aux mêmes règles. Tous devront détenir un permis de classe 5, suivre une formation minimale, réussir un examen sur les connaissances requises et se soumettre à une vérification judiciaire de la part d’un corps policier.

«On ne sait pas trop comment va se mettre en place le projet de loi. On y dit que tout un chacun va pouvoir venir faire du taxi, c’est inquiétant. Malgré tout, il y a des choses qui sont bonnes là-dedans. Par exemple, les plaques T qui sont réservées aux taxis et qui présentement coûtent au-dessus de 1 000$ par année, par véhicule comparativement aux plaques commerciales qui tournent autour de 300$, ça va être aboli et c’est bon», a concédé Pascal McGrath, copropriétaire.

Plus de permis spécifiques, plus de territoires prédéterminés, mise en place de plates-formes électroniques, tarification dynamique, c’est l’entièreté de l’industrie du taxi qu’on s’apprête à changer et, selon les propriétaires de Taxi Clément, ce ne sont pas tous les changements qui correspondent à la réalité de notre région.

«On n’a rien contre le fait d’avoir une application, on est ouvert à s’améliorer, mais la tarification dynamique qui est proposée dans ce concept ne correspond pas vraiment à ce qui se passe ici. Pourquoi aller sur l’application pour avoir un taxi qui coûtera plus cher lors des périodes d’affluence, quand on peut téléphoner et avoir le même taxi, au prix normal, dans le même délai? (…). Si on devient trop de joueurs dans une agglomération comme la nôtre, il n’y a personne qui va faire des sous et ce qui va se passer, c’est que ça va être au détriment de la clientèle. On ne sera plus obligé d’offrir un service 24h et on va se baser sur les heures de “rush” qui sont les plus rentables. Si en pleine nuit, il n’y a plus de taxis, la personne qui a une urgence qui ne nécessite pas une ambulance, elle fait quoi? Il y a plein d’aspects comme celui-là sur lesquels le projet de loi va avoir des impacts», a précisé M. Piché.

Répercussions locales

Si n’importe qui peut venir dans la région pour faire du taxi, les propriétaires de Taxi Cléments avouent avoir peur pour leur survie au même titre qu’ils s’inquiètent pour la population s’ils devaient fermer leurs portes avant qu’une autre alternative soit établie.

«On fait le transport collectif et adapté avec quatre véhicules adaptés, on dessert les facteurs, le Centre Travail Québec, la SAAQ, la CSST, la Commission scolaire, on fait des transferts pour l’hôpital. Imaginez si on fermait. Notre compagnie vit parce que ces contrats-là s’ajoutent au taxi normal. Si on n’avait pas ça, on ne serait pas capable de vivre. Le projet de loi qui va abolir la règlementation officielle va causer beaucoup de dommages collatéraux et au final c’est la population qui va en souffrir», a précisé M. McGrath

Démarches entreprises

Les deux hommes ont raconté que les derniers jours ont été très occupés: «On a beaucoup parlé avec Chantale Jeannotte. On lui a aussi envoyé un courriel ainsi qu’à M. Bonnardel pour leur faire part de nos inquiétudes. On a aussi parlé avec le maire de Mont-Laurier, M. Bourdon, ce matin. Il était plus ou moins au courant du dossier et on lui a expliqué que tout ça aurait des impacts sur la ville. Il a écouté et semble vouloir s’impliquer plus. Il nous a aussi conseillé d’essayer de prendre contact avec d’autres ministres comme celui du Développement ou ceux responsables des régions. Mme Jeannotte nous a recommandé de faire appel à plusieurs personnes pour avoir du soutien, expliquant que si la CAQ reçoit plusieurs lettres et demandes, notre influence sera plus forte. On a donc commencé à communiquer avec nos partenaires pour leur demander de nous supporter en écrivant à différents ministres et députés. On est allé le dimanche à la manifestation, qui au départ était une réunion pour informer tous les chauffeurs de taxi, mais il y avait tellement de monde qu’on n’a pas pu entrer. On a compris qu’il n’y avait pas vraiment de plan de match autre qu’“on fait la grève lundi”. Nous, on ne l’a pas fait parce qu’on ne trouvait pas que c’était le bon moment. Les gens n’étaient pas au courant de ce que l’on revendiquait et il y avait une rencontre de prévue avec le ministre Bonnardel le mardi. Pourquoi faire la grève quand on s’en va discuter? On devrait plutôt essayer de régler les choses avant. On est autant touché que n’importe qui d’autre au Québec, on est aussi proche de la faillite que les autres, mais on a décidé de ne pas la faire et de continuer à desservir notre monde. On veut que la population soit au courant que, si on décide de faire la grève, ce n’est pas contre eux, mais un moment donné, il faut faire quelque chose pour que le ministre comprenne qu’on n’a pas la même réalité qu’à Montréal. […] Une journée de grève c’est quoi si au bout du compte on est obligé de fermer nos portes? Si on a à en arriver là, on veut faire ça intelligemment, mais pour l’instant, à nos yeux, la grève ce sera seulement en dernier recours».

Cédric Piché, copropriétaire de Taxi Clément, s’inquiète des impacts qu’aura le projet de loi 17 sur la région et sa population ainsi que sur sa compagnie et les employés qui y travaillent (photo: Kathleen Godmer – Le Courant des Hautes-Laurentides).

C’est environ 300 appels qu’on reçoit chaque jour. Je n’ai rien contre le fait que des compétiteurs viennent s’installer ici. Si ça arrive, je vais m’adapter, mais il faut que ce soit fait de manière équitable.» – Cédric Piché, copropriétaire de Taxi Clément

«Pour l’instant, on n’a aucune idée de comment va être versé le 250 millions $. Est-ce qu’on va recevoir un autre 1000$ par permis? Ça voudrait dire qu’on aura reçu 2000$ pour un permis qui en vaut 70 000$. Quand on fait le calcul et qu’on divise le 250 millions par le nombre de permis au Québec, ça donne environ 36 000$ par permis. Est-ce que ce sera ça? J’en doute.» – Cédric Piché, copropriétaire de Taxi Clément

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