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13 mars 2019

Racisme et intimidation dans le hockey

L’Outaouais et les Laurentides n’y échappent pas

Kathleen Godmer , journaliste

«Parfois on va dans des arénas où les bancs sont très proches des estrades et, plus souvent les joueurs, mais nous aussi les entraîneurs, on se fait dire un paquet de choses», a raconté Éric Bruneau, l’entraîneur des Montagnards qui a aussi une longue feuille de route avec les Rapides (photo: archives – Le Courant des Hautes-Laurentides).
«Parfois on va dans des arénas où les bancs sont très proches des estrades et, plus souvent les joueurs, mais nous aussi les entraîneurs, on se fait dire un paquet de choses», a raconté Éric Bruneau, l’entraîneur des Montagnards qui a aussi une longue feuille de route avec les Rapides (photo: archives – Le Courant des Hautes-Laurentides).

Le hockeyeur Jonathan-Ismaël Diaby, défenseur des Marquis de Jonquière, a été victime d’insultes racistes, le 23 février dernier, lors d’un match de la Ligue Nord-Américaine de Hockey (LNAH) à Saint-Jérôme. Sa famille et lui ont même quitté l’endroit pour mettre fin à la situation. Même si cela diffère d’une équipe et d’un niveau à l’autre, les joueurs de hockey de Maniwaki et de Mont-Laurier font parfois aussi les frais de ces comportements d’un autre âge.

Ce n’est pas parce que l’on vit en région que le racisme et les propos haineux n’existent pas. Ils n’y sont pas, non plus, présents partout. Il semblerait que les équipes de Mont-Laurier et de Maniwaki ne vivent pas la même réalité. On pourrait même dire que, dépendant du niveau de l’équipe (hockey senior, junior ou mineur), celles-ci ne vivent pas les mêmes situations.

Insultes et crachats pour les Montagnards

L’équipe senior des Montagnards ne compte aucune minorité visible dans ses effectifs. L’équipe est formée en grande majorité de joueurs locaux et, après bientôt une année d’existence, elle ne semble pas avoir eu à subir de situation en lien avec le racisme.

«Je dirais, pour ma part, que je remarque que dans le hockey senior, il y a beaucoup d’intimidation venant des spectateurs. On voit moins ça dans le junior, mais dans le senior, il y a beaucoup de gens qui s’adressent directement aux joueurs pour les invectiver, ça, on voit ça régulièrement. Par contre, je ne peux pas dire que ce sont des insultes racistes» a affirmé Dominic Bell, directeur général et assistant- entraîneur.

«Parfois on va dans des arénas où les bancs sont très proches des estrades et, plus souvent les joueurs, mais nous aussi les entraîneurs, on se fait dire un paquet de choses. Justement, l’autre jour à Cornwall, il y a un spectateur – un récidiviste en matière d’insultes et d’incidents avec les équipes adverses qui viennent – qui a envoyé un gros crachat en direction de notre banc», a raconté Éric Bruneau, entraîneur des Montagnards.

Selon l’organisation des Montagnards, il est question ici de débordements qui ne sont pas à caractère racial et qui font partie du hockey, qui est un sport d’émotion. «On veut que ça reste un sport d’intensité, de contact et que le spectateur continue de se sentir interpellé. C’est sûr que des fois il y a une limite à respecter et ça peut être dur de savoir où tu peux la franchir et où tu ne peux pas. Dans un cas comme celui de Saint-Jérôme, si ça arrivait dans notre ligue, c’est certain que ce serait inacceptable, on ne tolèrerait pas ce genre d’incident», a mentionné M. Bell.

Même traitement pour les Forestiers à l’extérieur

«De notre côté, on est chanceux, ça va bien. On n’a pas été confronté à ce genre d’attitude ou à des remarques désobligeantes», a commencé d’entrée de jeu Éric St-Amour, des Forestiers.

L’organisation des Forestiers affirme n’avoir reçu aucune plainte de cet ordre. M. St-Amour a raconté qu’il était déjà arrivé, lors de matchs à l’extérieur, que certains joueurs se soient fait insultés et même cracher dessus, mais rien à connotation raciale.

«À domicile, on n’a rien vécu dans ce genre-là. À moins que les gars se taisent et gardent ça pour eux, on n’a jamais eu affaire au racisme. L’équipe est jeune. Je ne dis pas que ça n’arrivera pas dans le futur, mais pour le moment ça va bien. Il faut aussi dire que la ligue, en début de saison, avait bien averti les propriétaires qu’elle serait très stricte sur le sujet et qu’aucune attaque personnelle ne serait tolérée. J’imagine donc que les propriétaires d’équipe ont bien fait leur travail. Nous, ici, on a beaucoup d’Amérindiens et on a un noir. Avec les musulmans, ce sont probablement les nationalités les plus ciblées par le racisme», a expliqué M. St-Amour.

Après ces propos similaires à ceux des Montagnards, on peut conclure que oui, l’intimidation au hockey est présente autant pour Mont-Laurier que pour Maniwaki, mais qu’elle n’est pas directement en lien avec le racisme.

La situation semble toutefois différente pour les équipes de niveau junior.

Mustangs: «en région urbaine, c’est l’enfer»

Éric Gauthier, propriétaire des Mustangs, a été dans le hockey mineur pendant plusieurs années et a mis en place, il y a deux ans, cette équipe junior. Il a avoué que «dans l’Outaouais, ça fait plusieurs années qu’on est victime de racisme quand on va jouer à l’extérieur. On se fait traiter de noms comme “kawishs” ou “sauvages”, des choses comme ça. Ce n’est pas tolérable».

M. Gauthier a aussi raconté que des plaintes ont déjà été faites à Hockey Outaouais, qui dit que «si l’arbitre n’entend pas, ils ne peuvent rien faire». Selon lui, cette attitude est comme de fermer les yeux sur le problème qui dure depuis trop longtemps et qui ne devrait plus exister en 2019.

«Vous savez, souvent pour un enfant qui joue au hockey, le racisme peut être pire que l’intimidation. On n’a jamais toléré ça, à l’interne dans le mineur.»

Même dans le junior M. Gauthier avoue avoir été témoin de propos racistes, mais dans ce cas, la ligue a réagi plus rapidement. «Les joueurs sont plus vieux, c’est donc plus facile à prouver. Les autres joueurs sont souvent témoins et peuvent confirmer. Un enfant de dix ou douze ans n’est pas toujours conscient de tout ça et n’ira peut-être pas en parler.»

Selon le propriétaire des Mustangs, le problème se situe surtout au niveau des paroles et il n’est pas question des gestes violents. «La violence verbale fait beaucoup plus mal que la violence physique», a-t-il mentionné, en précisant aussi qu’«À Maniwaki, on est une région où on a besoin de la réserve indienne et eux ont besoin de nous. Vous entreriez dans une chambre de hockey mineur ici et il y a autant de joueurs des Premières Nations que d’autres joueurs et tous jouent ensemble sur la même ligne. On est chanceux ici parce que la région a déjà compris ça et ne veut pas tolérer ça. C’est quand on va jouer à l’extérieur que ça se manifeste et surtout en région urbaine, c’est l’enfer.»

Rapides: un problème difficile à cerner

«Comme c’est là, si je ne me trompe pas, il n’y a pas de joueurs de couleur dans la ligue, donc des propos racistes, non pas vraiment. C’est sûr que j’en ai déjà entendu. Dans le temps ça arrivait plus souvent. Il doit y en voir encore, mais depuis deux ans que je suis avec les Rapides, il n’y a pas d’autres nationalités dans les équipes donc on ne peut pas trop savoir» a expliqué Sylvain Meilleur, entraîneur des Rapides.

M. Meilleur a affirmé que pour ce qui est de Mont-Laurier, cet aspect du racisme n’est pas une réalité à laquelle l’équipe fait face.

MM. Bell et Bruneau, des Montagnards, étaient très impliqués dans l’organisation des juniors avant l’arrivée de l’équipe senior et se souviennent d’événements vécus il y a quelques années. «Il y a deux ans, on avait un joueur sud-américain et il s’était fait dire, par un arbitre, que s’il l’avait mis en dehors de la patinoire c’était parce qu’il ne comprenait pas ça, lui, les signes d’indien et qu’il ne parlait pas ce langage-là», a raconté Dominic Bell.

Selon eux, il ne serait pas question d’âge, mais plutôt d’encadrement et de mentalité. «Si on compare à dans le temps, les mentalités changent et évoluent. Je pense que maintenant, il est plus question de cas isolés. Il ne faut plus laisser passer ça et agir en conséquence. Il faudrait que ce soit la même façon de penser dans toutes les organisations», a déclaré M. Bruneau.

«Des propos racistes, non pas vraiment. C’est sûr que j’en ai déjà entendu. Dans le temps ça arrivait plus souvent.» – Sylvain Meilleur, entraîneur des Rapides

«On se fait traiter de noms comme “kawishs” ou “sauvages”, des choses comme ça. Ce n’est pas tolérable.» – Éric Gauthier, propriétaire des Mustangs

«À moins que les gars se taisent et gardent ça pour eux, on n’a jamais eu affaire au racisme.»

– Éric St-Amour, du conseil d’administration des Forestiers

«C’est sûr que des fois il y a une limite à respecter et ça peut être dur de savoir où tu peux la franchir et où tu ne peux pas.»

– Dominic Bell, directeur général et assistant-entraîneur des Montagnards

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Kathleen Godmer , journaliste

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