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6 mars 2019

Le ministre insensible

Frédéric Bérard

Un dernier sondage m’a fait particulièrement sourire, voire quasi-réagir. Environ 17% des électeurs caquistes n’ont pas voté pour ce parti pour des fins idéologiques ou encore de programme électoral. Les autres? Principalement pour réaliser leur vœux de changement. Celui de remplacer, coûte que coûte, un gouvernement libéral. On peut comprendre, remarquez bien. Après trop d’années accroché au pouvoir (sauf le hiatus du gouvernement Marois), on ne peut plus normal que la population souhaite voir d’autres visages, d’autres façons de faire, d’autres attitudes. Un bon exemple? La nouvelle ministre de la Santé, Danielle McCann, laquelle vient de conclure une entente historique avec le Collège des médecins afin de permettre aux supers infirmières de pouvoir poser certains diagnostics. Quelqu’un s’ennuie de Gaétan Barrette?

Ceci dit, changer pour changer comporte également son lot de risque. Notamment quant aux enjeux les plus socialement enflammables. L’immigration et les questions du droit des minorités, par exemple. Ainsi, il aurait été approprié, pour le premier ministre Legault, de désigner, comme leader de ces dossiers, quelqu’un de modéré, sensible et intellectuellement honnête. Une Sonia Lebel, par exemple. Eh bien. Plutôt Simon Jolin-Barrette, soit l’antihèse des qualités ci-avant décrites et souhaitées.

Du haut de ses 32 ans et sans expérience de travail préalable, le nouveau ministre de l’Immigration et de la laïcité, Jolin-Barrette s’est manifestement vu confier des dossiers d’une importance, soyons francs, trop considérable pour sa personne. Dès le dépôt de son projet de loi 9, on sentait venir la catastrophe. À juste titre, d’ailleurs.

D’abord, il compare sa réforme à Tinder, plate-forme où les immigrants seront choisis uniquement afin de combler certains emplois déterminés, notamment en région. Euh. Passons sur l’aspect purement mathématique de la chose (le volet humain étant parfaitement exclu), et mentionnons les trucs suivants: le ministre sait-il qu’il est inconstitutionnel de forcer un lieu de résidence d’un individu? Autre chose: que se passe-t-il si l’ingénieur français envoyé à Val d’Or se trouve quelques mois ou années plus tard un job à Montréal, par exemple chez Bombardier? On le retourne à Paris? Beau bordel en perspective.

Ensuite, sur la question du fameux test des valeurs, dont l’échec amènera la déportation, on comprend que celui-ci se basera sur la Charte québécoise des droits et libertés de la personne. Ironique, sachant que celle-ci ne contient aucune référence actuelle à la… laïcité. Qu’à cela tienne, le ministre ingénieux nous promet un amendement de la charte d’ici juin. Comme si on pouvait tripoter en toute hâte un document quasi-constitutionnel sur le bout d’un kleenex, au chalet, après avoir bu 4-5 bières. Voilà qui promet…

Le pire, maintenant: l’annulation ipso facto des 18 000 dossiers d’immigration, représentant 55 000 individus. Aucune considération, aucune sensibilité. Incluant pour ceux et celles qui habitent déjà le Québec, l’aiment d’amour, et travaillent pour ce dernier. DEWORS. Vivement la décision de la Cour supérieure empêchant le ministre bully de faire encore plus de casse: il lui sera interdit, nous dit la Cour, d’annuler les dossiers tant et aussi longtemps que sa loi ne sera pas adoptée, principe de base du droit administratif. Et tant pis pour le ministre insensible. Je vous ai déjà dit à quel point j’aime les tribunaux?

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Frédéric Bérard