Suivez le courant!       819 623-7374
Partager:
17 février 2019

Michel Fugain

Le chanteur qui aime causer

Kathleen Godmer , journaliste

Michel Fugain (photo: gracieuseté).
Michel Fugain (photo: gracieuseté).

Une des icônes de la chanson française, Michel Fugain, sera de passage à l’Espace Théâtre le 21 février prochain. Son spectacle «Causerie musicale» est un rendez-vous où la jasette est à l’honneur. S’entremêleront donc chansons, anecdotes, souvenirs et discussions. Le Courant s’est entretenu avec l’artiste, histoire de cause un peu.

À quoi doivent s’attendre les gens qui iront assister à votre spectacle?

Tout d’abord à rencontrer un mec qui veut encore s’éclater, partager. Un mec qui aime encore son métier, sa musique et son public. Nous serons cinq sur scène, dont ma femme, et nos voix se mêleront pour présenter 33 chansons en plus de tout mon bavardage, bien sûr. C’est un spectacle où se visitent chansons et histoire. Je l’ai créé pour pouvoir raconter des souvenirs, exprimer des réflexions, raconter des anecdotes et répondre aux questions que se pose le public. Le spectacle permet d’en dire plus sur l’environnement de création, d’où viennent les idées. J’explique toujours que je commence par créer la mélodie qui est, en fait, un véritable poème de musicien. J’aborde aussi la magie qui opère quand des auteurs y ajoutent leurs textes. Chaque spectacle est différent, car chaque chanson à plusieurs anecdotes et souvenirs qui s’y rattachent et selon les salles et la direction que prennent les interactions avec le public je m’adapte, je suis le mouvement, je réponds à leurs attentes.

D’où vous est venue l’idée de mettre sur pied un spectacle comme «La Causerie musicale»?

Tout d’abord, j’adore la nouveauté. La Causerie musicale est née de la volonté d’un vieux chanteur de transmettre son œuvre et de l’amener plus près de son public. Je voulais aussi saisir l’occasion de rendre hommage à quatre des plus grands auteurs qui ont influencé ma carrière et qui m’ont écrit de merveilleuses chansons. Pierre Delanoë, Maurice Vidalin, Claude Lemesle et Brice Homs, c’est eux qui m’ont fait le plus de chansons, plus que je n’en ai fait pour moi-même! Je veux aussi inciter le public à porter attention aux textes des chansons. (…). Il y a une phrase de Pierre Delanoë qui dit «dans une chanson, le plus important c’est la musique, mais on a besoin des paroles pour s’en souvenir». Regardez bien toutes les chansons populaires que vous connaissez, les paroles tiennent une place considérable, mais pour ça, il faut les écouter. On ne peut pas juger un texte si on ne l’a pas écouté, si on ne le comprend pas.

Pourquoi vouloir faire une tournée au Québec qui va jusqu’en régions éloignées?

Il y a deux réponses. La première est un peu moche. Tout d’abord, ce n’est pas moi qui décide du déroulement de la tournée. On organise le tout et moi je viens. Par contre, j’adore le Québec et je voulais venir. Ça fait 50 ans cette année que je viens au Québec, que je connais ce peuple, que je l’aime. Je suis un «tchatcheur» (un bavard). C’est trop le pied d’échanger comme ça avec les gens. Le premier truc que je dis au début du spectacle, c’est que ce n’est pas un spectacle. Je fais comme si je les recevais chez moi, mais c’est moi qui vais chez eux, même si parfois, il y a beaucoup de distance. Je m’ennuie si je ne peux pas parler aux gens. La plupart des chanteurs ne parlent pas sur la scène. Ils disent «bonsoir» suivi du nom de la ville où ils se trouvent, et c’est tout. Mais ce sont des êtres humains qui sont devant nous, bordel!

À 76 ans, avec 52 ans de carrière derrière vous, qu’est-ce qui vous motive à continuer?

L’amour de la musique, du métier, des gens. Le plaisir de faire ce spectacle vient forcément avec un peu d’âge et de kilométrage au compteur parce que je prends maintenant, à 76 ans, un grand plaisir à passer le témoin, à faire comprendre aux jeunes générations que si ça te sert, ne te gêne pas, prend-le. (…). J’ai envie d’aller à la rencontre des gens. Je veux partager le fait que tout ça est gouleyant, beau, simple, accessible. L’amour de la musique, la beauté des textes, les messages de ceux-ci qui perdurent malgré les années qui passent, ce sont toutes des raisons…

Depuis vos débuts, la manière de faire de la musique a changé. On l’achète maintenant sur internet, on peut voir un grand nombre de prestations directement sur le web, on organise concours et émissions de télévision pour découvrir et former des talents. Vous pensez quoi de cette nouvelle façon de faire?

Je ne sais pas si je veux répondre à ça… C’est complètement fou! Où est cette insouciance fondatrice qui fait qu’on se laisse porter, qu’on se laisse faire? Tout est devenu marketing! Le rythme imposé aux jeunes par la société d’aujourd’hui tue leur sentiment d’insouciance et de légèreté. Sentiments nécessaires à la création. En tant que société, c’est à nous de dire ce que l’on veut. Si on ne se lève pas pour faire valoir nos opinions, personne ne le fera pour nous. La chanson, c’est l’identité d’un peuple. On est dans une société où on nous sépare. Pourquoi créer des moules, des matrices dans lesquelles on veut faire entrer les gens? (…). L’idée même de la chanson est galvaudée et tant que ce sera comme ça, je serai debout pour défendre ce moyen d’expression qui est inhérent à la nature d’un peuple. Il faut croire à la simplicité, à l’universalité et à l’humanité dans l’écriture. Les belles chansons laissent des traces et entrent dans les gênes. C’est à chacun de faire valoir sa façon de faire, c’est à chacun d’y rester fidèle…

Partager:

Kathleen Godmer , journaliste

  • Courriel