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6 février 2019

Proposition d’un citoyen

Fondation d’une coopérative régionale de méthanisation

Kathleen Godmer , journaliste

Du coté de l’Allemagne, plusieurs milliers d’usines de méthanisation sont déjà en place (photo: Pixabay).
Du coté de l’Allemagne, plusieurs milliers d’usines de méthanisation sont déjà en place (photo: Pixabay).

Il y a quelques semaines, un citoyen de la région a communiqué avec Le Courant pour partager une idée que lui a inspiré un article publié le 27 décembre dernier. Piquant la curiosité, le projet proposé touche à deux sujets importants pour la région : l’environnement et l’économie locale.

«C’est à la suite de la publication sur la déclaration citoyenne universelle que m’est venu cette idée. Je ne tiens absolument pas à être cité dans cet article. J’ai envoyé une copie du même courriel au maire de Chute-Saint-Philippe dans l’espoir que l’idée soit reprise», a expliqué le citoyen que nous appellerons M. V..

Conscient de l’ouverture qu’a Normand St-Amour face à tout ce qui touche l’environnement, M. V. semblait curieux d’avoir son point de vue. Le citoyen a proposé une idée de projet touchant à la méthanisation et aimerait savoir s’il pourrait être possible de faire une étude de faisabilité ou encore si d’autres municipalités sont prêtes à rejoindre leurs cultivateurs pour fonder une coopérative autour d’un tel projet.

Dans la proposition de M. V., les municipalités pourraient s’occuper de piloter le projet et de trouver des subventions auprès des deux paliers de gouvernement. Elles pourraient aider à orienter la création des infrastructures, comme la cueillette des résidus d’agriculture. D’ailleurs, le compost, qui est déjà ramassé, pourrait aussi servir à une méthanisation. Reste à trouver qui portera le projet et en fera la promotion auprès de la MRC pour qu’il voit le jour.

«Je sais qu’il y avait déjà eu un projet d’usine de cogénération liée aux résidus forestiers, mais le projet a avorté et la raison m’échappe. Pour moi, il s’agit plutôt d’un appel aux municipalités afin qu’elles organisent et encadrent un projet qui pourrait se concrétiser en une coopérative, dont les profits pourraient être réinvestis pour améliorer ou multiplier le projet dans une autre région en agrandissant la coopérative et le territoire», explique M. V..

Du côté de Chute-Saint-Philippe, le maire a confirmé avoir pris connaissance du courriel et de l’information, vidéos et propositions qu’il contenait. Selon lui, le projet est ambitieux, mais intéressant. «Ça a l’air intéressant, ça semble un beau projet, mais ça prend des porteurs et des ambassadeurs. Je pourrais peut-être appuyer un groupe et amener l’idée à la MRC. Ça mérite d’être évalué plus en profondeur», affirme Normand St-Amour.

Qu’est-ce que la méthanisation?

La méthanisation est la digestion ou la fermentation de la matière organique en l’absence d’oxygène, sous l’action de plusieurs types de micro-organismes. Ces micro-organismes sont naturellement présents dans la nature. Cette réaction a lieu dans un digesteur fermé confiné où il n’y a pas de contact avec l’air extérieur et pas d’odeur due au procédé lui-même. À la fin de la digestion, on obtient du biogaz (50 à 80 % de méthane), une énergie 100 % renouvelable.

Parmi les matières qu’il est possible de méthaniser, notons le fumier et les sous-produits animaux. C’est vers cet aspect que M. V. a voulu attirer l’attention puisque la région en est une où il y a beaucoup de producteurs agricoles.

Du côté de la France

En France, le procédé est en place et ce sont les bouses de vaches qui sont les principales matières utilisées. À l’heure où les gouvernements veulent s’engager dans des transitions énergétiques, l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (IRSTEA) de France a expliqué que l’électricité produite à partir des différents déchets organiques, et transformés dans des usines de méthanisation, était rachetée par les fournisseurs et intégrée dans les réseaux de distribution au même titre que l’énergie produite par les éoliennes ou les centrales solaires.

«En termes de substrats, on pourrait fournir 3 à 5 % de la consommation d’énergie française si on méthanisait toutes les déjections animales. Dans le monde, si tous les déchets méthanisables l’étaient, on pourrait produire l’équivalent de neuf à dix centrales nucléaires», a chiffré Fabrice Beline, directeur de la recherche en bioprocédés de traitement des déchets organiques à l’IRSTEA.

La France compte présentement une cinquantaine d’usines de méthanisation, tandis que l’Allemagne en est déjà à plusieurs milliers. La production française de biogaz ne représente qu’environ 3 % de la production d’énergies renouvelables, mais au-delà de l’électricité produite, la méthanisation a surtout des vertus environnementales. Elle réduit la quantité de CO2 émise par les effluents d’élevage dans l’atmosphère et limite la quantité de substances épandues, qui peuvent polluer les sols.

Et pour notre MRC?

Le projet d’une coopérative régionale de méthanisation proposé par M. V. serait un regroupement des divers acteurs possibles de la MRC Antoine-Labelle autour d’un centre de méthanisation. Il s’agirait de mettre en place un réseau de cueillette de résidus biodégradables provenant des milieux urbains et agricoles. Le centre de méthanisation pourrait à terme produire de l’électricité verte qui serait revendue sur le réseau d’Hydro-Québec.

Le projet serait une action favorable à la réduction de CO2 et une source d’emplois spécialisés dans la région. Un tel réseau de cueillette de résidus agricole pourrait prendre exemple sur la coopérative laitière qui va directement sur les sites agricoles pour récupérer sa matière première. Reste à savoir si la production de méthane produite par la MRC serait suffisante pour alimenter un centre de méthanisation et si le coût de la cueillette ne dépasse pas les profits à faire.

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Kathleen Godmer , journaliste

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