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7 décembre 2018

En plein débat sur l’immigration au Québec

Les Hautes-Laurentides recrutent en Europe

Simon Dominé , Rédacteur en chef

Suite à la 19e édition des Journées Québec à Paris, quatre entreprises de la MRC d’Antoine-Labelle ont en main les CV de 150 candidats étrangers capables de combler 55 postes en mécanique, soudure et machinerie (photo: gracieuseté – CLD de la MRC d’Antoine-Labelle).
Suite à la 19e édition des Journées Québec à Paris, quatre entreprises de la MRC d’Antoine-Labelle ont en main les CV de 150 candidats étrangers capables de combler 55 postes en mécanique, soudure et machinerie (photo: gracieuseté – CLD de la MRC d’Antoine-Labelle).

Les 1er et 2 décembre derniers, c’était la 19e édition des Journées Québec à Paris. Pour la première fois, des représentants de la région s’y sont rendus, dans l’espoir de recruter des immigrants européens capables de combler 55 postes en mécanique, soudure et machinerie.

Frédéric Houle, directeur général du Centre local de développement (CLD) de la MRC d’Antoine-Labelle s’est envolé le 28 novembre pour Paris et il est en revenu le 3 décembre «impressionné» non seulement par la quantité de candidats potentiels, mais aussi par leur qualité.

Il n’a pas fait le voyage seul: l’organisme Zone Emploi d’Antoine-Labelle et une entreprise de la région étaient aussi du nombre. En tout, 150 candidats potentiels ont été identifiés pour répondre à la demande criante en main-d’œuvre de quatre entreprises.

C’est par l’entremise de la Société de développement économique de Drummondville (SDED), où M. Houle a déjà travaillé par le passé, que les représentants locaux ont participé à l’évènement, aux côtés de Québécois de Rouyn-Noranda, Brome-Missisquoi, Granby ou encore Victoriaville, eux aussi à la recherche de talents.

Les travailleurs qualifiés dans la mire

Ils avaient tous un dénominateur commun: le travail du métal. «On visait majoritairement les emplois qui étaient en pénurie canadienne déjà identifiée», stipule le directeur général du CLD. En tout, 24 000 personnes avaient postulé sur des emplois et de ce nombre, 3 515 ont été retenus pour des entrevues avec les 113 entreprises québécoises représentées sur place.

Les candidats n’étaient pas tous des Français. «J’ai rencontré des gens de la Grèce, des gens de l’Italie, même un peu de l’Afrique qui s’étaient déplacés», raconte M. Houle, qui explique l’engouement des gens par le manque d’emploi de l’autre côté de l’Atlantique et «le rêve québécois, le rêve canadien» présent dans le cœur de nombreux Européens.

Parmi les personnes rencontrées, beaucoup semblaient déjà être dans des démarches d’immigration auprès des gouvernement du Québec et du Canada. La cible des recruteurs locaux? Les travailleurs qualifiés avec des familles, idéalement épris de grands espaces et de plein-air.

«On visait des gens qui étaient établis, qui étaient en couple parce que les jeunes célibataires, ça aime pas beaucoup, beaucoup vivre dans la région, mentionne M. Houle. Il peut y en avoir, mais généralement, on vise les personnes qui cherchent un milieu de vie pour leurs familles qui se veut sécuritaire, qui se veut paisible. Une de mes questions, c’était: “toi, qu’est-ce que t’aimes faire”? (…) On ne veut pas changer le mode de vie de quelqu’un, on veut l’amener à vivre son expérience de vie ultime».

Une situation «extrêmement préoccupante»

Selon M. Houle, la population active dans la MRC d’Antoine-Labelle va baisser de 2 500 personnes au cours des dix prochaines années. «De mon côté, je trouve que la situation est extrêmement préoccupante», lance le directeur général du CLD.

Il croit que le recours à l’automatisation règlera 50% du problème et qu’en plus du recrutement d’immigrants, d’autres mesures doivent être prises, comme la mise en place d’incitatifs fiscaux permettant à ceux qui le veulent de rester plus longtemps que prévu sur le marché du travail.

Le directeur général du CLD refera-t-il le déplacement en mai prochain, pour la 20e édition des Journées Québec? Cela sera à réévaluer chaque année. Pour le moment, comme le dit M. Houle, la balle est dans le camp des entreprises.

«On y a été, on a préparé la mission, on a réussi à se rendre, on était “sharp”, on a rencontré des gens, on a séduit du monde; maintenant il faut continuer à entretenir la flamme, pense ce dernier. On n’est plus au salon. L’entrepreneur doit envoyer un petit courriel en disant: “hey, comment ça avance; est-ce que je peux t’aider”? Il faut maintenir la flamme jusqu’à ce qu’on unisse nos vies.»

«En prendre moins»: François Legault va de l’avant

Deux jours seulement après la Journée Québec, le gouvernement de François Legault a confirmé sa volonté de recevoir temporairement moins d’immigrants. La moyenne de 50 000 immigrants accueillis dans la province chaque année serait ramenée à environ 40 000.

En déposant son plan à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, s’est justifié en affirmant qu’il fallait privilégier une approche où le profil des immigrants sélectionnés correspond aux besoins du marché du travail. C’est la traduction de la formule utilisée par son chef lors de la dernière campagne électorale : «en prendre moins, mais en prendre soin».

Pour atteindre son objectif, le gouvernement entend donc réduire le nombre d’immigrants économiques, issus de la réunification familiale et ceux acceptés comme étant des réfugiés.

Peu avant le dépôt de ce plan, le Premier ministre du Canada, Justin Trudeau, s’est exprimé sur la question, jugeant qu’il était «malavisé» de la part du Québec d’aller dans cette direction, en évoquant les problèmes de pénurie de main-d’œuvre. Les trois partis de l’opposition à l’Assemblée nationale du Québec ont également critiqué à l’unisson l’annonce du ministre Jolin-Barrette.

«Je pense sincèrement qu’il va y avoir réellement des gens qui vont venir s’établir et travailler dans les entreprises dans la MRC, suite à cette activité-là.» – Frédéric Houle, directeur général du CLD

«Mon plus grand défi, c’est de stimuler les entreprises, de dire “ attend pas que ça fasse trop, trop mal, avant de trouver une solution différente pour pallier à la pénurie de main-d’œuvre”.» – Frédéric Houle, directeur général du CLD

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Simon Dominé , Rédacteur en chef

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