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29 novembre 2018

Développement de l’économie locale

Projet d’usine de bioproduits dans la région

Kathleen Godmer , journaliste

Julie Papineau, des exploitations JYB Papineau, Mario Léonard, des créations Madéro, Marc-André Hinse de Service Bioforêt et Benoît Deschêsnes-Simard du centre collégial de Mont-Laurier, tous impliqués dans le projet d’usine (photo: Kathleen Godmer-Le Courant des Hautes-Laurentides).
Julie Papineau, des exploitations JYB Papineau, Mario Léonard, des créations Madéro, Marc-André Hinse de Service Bioforêt et Benoît Deschêsnes-Simard du centre collégial de Mont-Laurier, tous impliqués dans le projet d’usine (photo: Kathleen Godmer-Le Courant des Hautes-Laurentides).

Marc-André Hinse, ingénieur forestier, et Benoît Deschênes-Simard, doctorant en chimie et enseignant au Centre collégial de Mont-Laurier, ont tenu, le 18 octobre dernier, un point de presse concernant un projet de validation technologique et d’analyse de marché d’un procédé de transformation de la biomasse en vue de la mise sur pied d’une usine de bioproduits dans la région.

C’est un groupe de trois entreprises forestie?res (les Exploitations JYB Papineau inc, La Coopérative Forestière des Haute-Laurentides et Les Créations Madéro inc) qui ont cre?e? un consortium dans le but d’acque?rir le brevet du professeur Raymond Le Van Mao de l’universite? de Concordia pour le procédé BTCA qu’il a de?veloppe? et de re?aliser un transfert de connaissance.

Avec le procédeéBTCA, qui a été développé en laboratoire, on souhaite faire une mise à l’échelle de la proce?dure d’extraction des acides carboxyliques (principalement l’acide lévulinique) a? l’échelle commerciale.

À cette échelle, la production de l’acide cre?erait une augmentation de l’activité économique, une valorisation des ressources naturelles du territoire, une maximisation de l’utilisation du bois sans preneur et une diversification de l’utilisation de la forêt.

Le même procédé, à l’échelle industrielle, pourrait compléter la chaîne d’exploitation forestie?re du territoire puisque sur le plan local, le consortium souhaite utiliser les ressources de la forêt inutilisées et sans valeur marchande pour en extraire l’acide.

Avant d’y parvenir, le procédé devra faire l’œuvre de plusieurs expérimentations. Des échantillons suffisamment grands sont souhaités afin qu’ils soient présentés au marché.

Pas nouveau, mais plus écolo

Existant depuis 1870, cet acide est utilise? dans la fabrication de nombreux produits et dans différents domaines. Par exemple, dans l’industrie pharmaceutique, les parfums, le textile, le caoutchouc, les détergents, et plus encore. Ce n’est donc pas une nouveauté sur le marché, mais le procédé du professeur Le Van Mao propose une nouvelle façon de réaliser la production.

Le procédé est, sur le plan environnemental, très intéressant. Au départ, pour proce?der a? la production de l’acide, on devait aller chercher du pe?trole dans les puits et autres lieux et le ramener à la surface. Avec cette méthode, le co2 déjà capté dans ce pétrole était libéré dans l’atmosphère. Maintenant, en utilisant les produits de la forêt au lieu du pétrole, aucune nouvelle molécule de co2 n’est relâche?e puisque les ressources utilisées sont déjà à la surface.

Objectifs et étapes du projet

Les principaux objectifs du projet sont, dans un premier temps, l’implantation d’une usine de transformation de 100 000 m3 de biomasse en bioproduits dans la région et ce, dans un horizon de ciqn ans. On souhaite de?velopper un marche? local pour l’utilisation de bois de qualite? infe?rieure qui est actuellement sans preneur dans un rayonn économiquement viable.

On désire aussi développer et implanter une technologie de transformation utilisant la chimie verte et devenir un leader dans ce domaine, tout en contribuant à la réduction de l’utilisation des produits pétroliers et par le fait même, re?duire les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Présentement, on travaille à la validation technologique et au développement d’un procédé de transformation de biomasse en bioproduits de haute valeur (procédé BTCA) tout en s’occupant de l’étude de marché et du budget pro forma de fonctionnement d’une usine de transformation dans les Hautes-Laurentides.

De son côté, M. Deschênes-Simard développe la mise aà l’échelle du procédeé vers une industrialisation (usine pilote). Il est intéressant de mentionner qu’une des étapes visées à long terme est l’extension du brevet à différents pays.

Qu’est-ce que le procédé BTCA

Ce procédé permet de créer plusieurs produits organiques biosourcés à haute valeur ajoute?e à l’aide d’intrants (biomasse) contenant de la cellulose et de l’hémicellulose, par exemple: le bois, le carton recyclé, le papier recycle?, la paille, la pâte à papier, le coton...

Les produits obtenus sont d’importance industrielle et en remplacent d’autres qui proviennent du pétrole. Le principal produit généré est l’acide lé vulinique, un composeé plateforme, précurseur à la synthèse d’un éventail de composés nécessaires à notre société. Il s’inscrit aussi dans le domaine de la chimie verte par l’utilisation de réactifs non-polluants, non nocifs et recyclables dans le processus de transformation. Il fait appel aux concepts de bioe?conomie et d’économie circulaire ayant pour objectif «zéro déchet».

On parle ici d’un procédé «carboneutre», puisqu’on évite de retirer du carbone dans les puits de plusieurs millions d’anne?es (nappes de pétrole, gaz naturel, sables bitumineux). On peut donc parler de bioproduits certifiés et d’une approche durable utilisant de la matière première d’origine biologique et renouvelable. Cette approche contribue ainsi à la séquestration du carbone.

Le procédé constitue une méthode de transformation moins coteuse. Les produits sont obtenus principalement sous forme d’esters éthyliques, ce qui facilite leur purification. Cette particularité est d’autant plus importante pour l’acide lévulinique, car une fois sous forme d’ester éthylique (lévulinate d’éthyle), il a une valeur supérieure sur le marché.

Avec ce procédé, on évite aussi d’utiliser des intrants destinés à a consommation alimentaire, comme le maïs (éthanol), ce qui empêche de mettre davantage de pression sur les prix de certains aliments.

«Le projet découle du problème relié à la difficulté d’écouler certaines matières ligneuses qui ne trouvent pas preneur ou qui sont gaspillées. On veut donc optimiser l’utilisation de cette matière.» —Benoît Deschênes-Simard

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Kathleen Godmer , journaliste

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