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10 octobre 2018

Élections provinciales 2018

Les Laurentides passent au bleu pâle

Maxime Coursol , Rédacteur en chef

Le sociologue Alexandre Laplante (photo: Maxime Coursol – L’Information du Nord).
Le sociologue Alexandre Laplante (photo: Maxime Coursol – L’Information du Nord).

Les trois circonscriptions du nord des Laurentides ont changé de main le 1er octobre: Bertrand, Labelle et Argenteuil. Qu’est-ce qui explique cette percée de la CAQ dans ce qui fut, pendant des décennies, des bastions péquistes et libéraux?

Selon André Lamoureux, chargé de cours au département de science politique de l’UQAM, il ne faut pas nécessairement voir cette vague comme un retour du conservatisme et de l’Union nationale au Québec. Il montre plutôt du doigt le taux d’insatisfaction des électeurs à l’endroit des gouvernements précédents. «Il y avait une combinaison de facteurs, un momentum si vous voulez. Le rejet des libéraux par les électeurs francophones, le désir de changement et la question de la laïcité, qui a été prise à bras le corps par la CAQ, a joué en leur faveur.»

Pour expliquer l’attrait pour la CAQ dans les régions, qui depuis une vingtaine d’années formaient la colonne vertébrale du Parti Québécois, l’universitaire parle en particulier des problématiques de centralisation. «En santé par exemple, on sait que dans les Laurentides tout comme en Estrie, l’accès à des soins, c’est pénible. Les hôpitaux sont loins l’un de l’autre, il n’y a pas assez de services à domicile ni de personnel, et ç’a certainement joué pour faire basculer ces régions-là du côté de la CAQ», affirme-t-il.

Le parti des régions?

Cet avis est partagé par Alexandre Laplante, professeur de sociologie au Centre collégial de Mont-Tremblant. Selon lui, la CAQ a très bien ciblé les enjeux régionaux. «Ce parti-là avait des attraits majeurs pour les régions, en promettant une plus grande décentralisation des pouvoirs pour les villes et les écoles, plus d’argent aux familles et une baisse du temps d’attente à l’urgence. Conjuguez ça avec un électeur plus âgé qui veut du changement et ça donne cette percée de la CAQ dans les Laurentides», analyse-t-il.

Pour la première fois en 20 ans, on parlait d’enjeux concrets et de réalités quotidiennes dans cette campagne. On n’était plus dans la dette et ç’a favorisé à la fois la CAQ et QS.

M. Laplante cible d’ailleurs en particulier le vieillissement de la population québécoise, qui est plus accéléré dans les régions que dans les villes, comme un facteur important qui a pu jouer en faveur de la CAQ. «Traditionnellement, dans les milieux ruraux, on est plus conservateur. On en veut du changement, mais avec une équipe expérimentée aux commandes. C’est ce qu’ils ont obtenu avec la CAQ: il y aura une réforme des institutions, mais avec un maintien des assises et des députés qui sont crédibles, en particulier sur l’économie.»

L’incontournable immigration

Dernier facteur qui a conforté sans doute l’électeur moyen des Laurentides dans son choix, selon les professeurs Laplante et Lamoureux: la question identitaire. «Le citoyen de région se définit beaucoup par le lieu d’où il vient, celui qu’il habite et la famille de laquelle il provient. Le citoyen de ville est plus progressiste, plus ouvert aux autres, plus intéressé à se réinventer constamment. C’est pour ça que le discours de la CAQ sur l’immigration fonctionne en région», avance M. Laplante.

André Lamoureux abonde dans le même sens. «Le vote francophone est polarisé sur cette question depuis plus de dix ans. Les libéraux n’ont pas agi sur cette question et Québec solidaire prône une laïcité sur le même modèle que le communautarisme en France. On a vu que les électeurs francophones ont le désir de voir un gouvernement imposer des balises claires aux immigrants sur le plan des valeurs, et c’est la CAQ qui traduisait le mieux ce désir-là.»

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Maxime Coursol , Rédacteur en chef