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5 septembre 2018

Avocat, docteur en droit et politologue f_berard@twitter

La campagne de l’insignifiance

Frédéric Bérard

Elle vous tente, vous, cette campagne? Moi? Hum. Sais pas. On dirait qu’il manque quelque chose, non? Mais quoi? Difficile à dire. Une hypothèse: l’absence de débats sur l’indépendance québécoise. Parce que oui, quand on y pense, celle-ci est exclue pour la première fois, depuis 1970, d’une campagne électorale provinciale. Et qu’on soit ou non souverainiste, nul doute que rare sont les discussions qui viennent aussi facilement enflammer les esprits.

Conséquence directe de ce qui précède? Que l’ensemble des partis, incluant donc le Parti québécois, parlent essentiellement de gestion, de poutine et de logistique. Pas trop excitant, disons. Surtout que lorsqu’on y pense, la plupart de ces mêmes formations politiques se retrouvent toutes, en un sens, assez proche du centre. Comprenez-moi bien: oui, évidemment, Québec solidaire est plus à gauche que la CAQ ou le PLQ, ça va de soi. Mais cette distance n’a rien ou très peu à voir avec ce que l’on retrouve sur les échiquiers politiques de pays européens, pour seul exemple.

Pas trop surprenant, ainsi donc, que la présente campagne nous semble quelque peu soporifique, voire plate à mort. À moins, bien évidemment, que vous soyez du genre à vous exciter avec des propositions de deuxième carte d’assurance-maladie, d’État qui prépare le lunch des enfants, ou de lunettes payées pour les morveux…

D’ailleurs, vous m’excuserez, mais après réflexion, je pense avoir un problème assez fondamental avec une telle tendance: l’État au service du citoyen. L’État qui «facilite la vie». L’État qui donne un «ti-coup de pouce».

Et qu’est-ce qui m’achale là-dedans? Essentiellement ceci: bien que le rôle du politique et de l’État soit nécessairement d’assurer le bien commun, il serait assez réducteur, voire insignifiant, de limiter sa définition à des trucs du quotidien comme les lunchs et autres. Parce que même si je peux être en faveur des mesures proposées, reste qu’une campagne électorale est souvent l’endroit par excellence afin de discuter de projets de société, de visions de celle-ci. Le temps où les partis font part de leur conception du bien commun, de leur idéologie, et non uniquement de solutions ultra-pragmatiques, sauce prêt-à-porter, afin d’aller grappiller quelques votes ici et là, sans réflexion particulière.

Cette même tendance, je crois bien, devrait nous faire réfléchir sur notre propre rôle et responsabilité en matière démocratique. Que veut-on, comme société? Quel rôle pour l’État? Où voit-on le Québec dans 5, 10, 50 ans? Parce que pendant que nos politiciens nous balancent leurs mesures de gestion à la petite semaine, les véritables enjeux sont corollairement occultés.

Qui, dans la présente campagne, nous parle de sa vision du système de santé? De la pertinence ou non du privé? Qui nous parle de Justice, notamment criminelle, ou de la suffisance du nombre de juges? Qui nous parle d’éducation et de son importance dans le Québec de demain? Qui nous parle, enfin, d’environnement, de réchauffement climatique et de propositions afin de carrément sauver la planète, voire l’humanité?

Tous les partis, vous me direz. Mais très peu. Fort peu. Parce que plutôt que d’obliger nos politiciens à nous présenter des plans d’envergure et bien senti, on préfère, essentiellement, leur demander qui d’entre eux sera prêt à venir tondre notre gazon à notre place…

À moins, bien évidemment, que vous soyez du genre à vous exciter avec des propositions de deuxième carte d’assurance-maladie, d’État qui prépare le lunch des enfants, ou de lunettes payées pour les morveux…

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