Suivez le courant!       819 623-7374
Partager:
3 août 2018

Festival international Hautes-Laurentides

Irvin Blais enchante l’Espace Théâtre

Kathleen Godmer , journaliste

Alexandre Da Costa, quelques minutes avant le début du spectacle (photo: Kathleen Godmer – Le Courant des Hautes-Laurentides).
Alexandre Da Costa, quelques minutes avant le début du spectacle (photo: Kathleen Godmer – Le Courant des Hautes-Laurentides).

C’est le 2 août dernier, dans le cadre de la 20e édition du Festival international Hautes-Laurentides que le très populaire Irvin Blais présentait son spectacle à l’Espace Théâtre de Mont-Laurier. Suite à l’invitation d’Alexandre Da Costa, directeur artistique du festival, l’artiste gaspésien a séduit le public en offrant une prestation unique composée à 100% de musique country québécoise.

Ce fut un spectacle empreint de simplicité, de vérité, d’énergie et de générosité, à l’image de cet auteur-compositeur-interprète. Divisé en trois parties de 50 minutes, le spectacle d’Irvin Blais a tout simplement ravi le public qui était gagné d’avance et qui est arrivé sur place sourire aux lèvres et chapeau de cow-boy sur la tête, prêt à danser et s’amuser. Le Courant était sur place et a profité de l’occasion pour rencontrer les deux artistes avant le spectacle.

Irvin Blais, parlez-nous un peu de ce surprenant mariage de styles Costa, plutôt inattendu.

Mariage inattendu, mais mariage espéré parce que je n’ai pas une grande culture de la musique. Moi j’ai appris à l’oreille et de voir des musiciens qui ont fait le conservatoire et qui lisent la musique sur le papier et qui réussissent à se faufiler à travers le temps comme le fait Alexandre avec son côté classique, ça impressionne. Quand j’étais jeune, j’écoutais les films de Sisi à la télévision et quand j’entendais les opéras, je me disais “Wow, quelle musique”! De savoir qu’un des plus grands compositeurs classique était sourd, c’est spécial. Moi qui écris mes chansons sur le coin de la table, je rencontre Alexandre Da Costa, sur une scène, qui vient jouer avec moi une des chansons que j’ai écrites, c’est quelque chose. J’ai été vraiment très surpris par cette invitation. Ce sont eux qui sont venus me chercher pour donner une couleur nouvelle au festival, rejoindre plus de gens et essayer de les attirer vers leur monde classique. L’idée est bonne et je suis très heureux d’en faire partie. Moi je m’occupe seul avec ma femme de ma carrière et je suis certain que plusieurs artistes de renom auraient beaucoup aimé avoir la chance d’être sur scène avec Alexandre.

Qu’est-ce que cette occasion unique vous apporte?

Tout d’abord, la visibilité qui est très large. Les gens qui ne connaissent pas Irvin Blais vont se demander c’est qui ce gars-là qui joue avec Alexandre da Costa et vont chercher à mieux me connaître.

Dans une région comme ici ce serait peut-être le contraire, parce qu’on vous perçoit comme une grande vedette du country.

(Rire) Oui, peut-être… Mais je ne suis pas une vedette. Je suis un petit gars qui écrit des chansons sur le coin de sa table. La seule vedette qui existe pour moi, c’est la mère qui donne naissance à un enfant, qui l’élève seule, qui réussit à faire sa vie, à l’éduquer et que son enfant réussit aussi. La mère c’est une vedette, pas moi! J’ai beaucoup de respect pour ma mère, c’est ma vedette.

On doit s’attendre à quoi pour ce soir?

On s’attend à faire plaisir aux gens, à faire les demandes spéciales que les gens ont l’habitude de faire dans la région, à faire des clins d’œil aux gens et surtout à surprendre les gens en incluant Alexandre Da Costa. Les gens du milieu de la musique country ne le connaissent pas ou le connaissent moins et ce soir ils vont avoir la chance de le rencontrer et de le voir à l’œuvre dans un aspect musical différent de ce qu’il fait d’habitude. Nous les gens du country, c’est toujours une ambiance familiale, on rejoint les villages, les partys de famille et de voir Alexandre venir fredonner son air au violon à travers tout ça c’est unique et ça fait plaisir.

Je me suis laissée dire que vous alliez présenter un gros show tout à l’heure. Qu’est-ce qui vous motive à être si généreux?

Oui, trois heures. C’est parce que les gens viennent de partout pour nous voir et ces gens-là, qui se déplacent, arrivent souvent avec une chanson en tête. Faire un spectacle de 45 minutes ne permet pas de faire tant de chansons et c’est souvent décevant. Je veux faire plaisir aux gens le plus possible. Quand je vais voir un spectacle avec ma femme, on aime ça quand ça dure toute la veillée. En tant qu’artiste, ça me donne aussi la chance de faire connaître plus de chansons, de les présenter aux gens en racontant leur histoire. Quand on y pense, combien de temps peut avoir pris la petite maman pour ramasser l’argent pour payer son billet? Peut-être six mois. C’est important qu’elle soit satisfaite et heureuse d’être venue.

Comme M. Da Costa se joint à vous dans le spectacle, est-ce que ça vous a demandé beaucoup de répétitions ensemble?

Non pas vraiment. Comme on est vraiment très occupés tous les deux, on a fait ça tantôt, ici, en arrière du rideau (rire)… Pour moi ce n’est pas inquiétant. On sait tous les deux où on s’en va. Moi ça ne me sort pas de ma zone de confort puisque je suis accompagné de mes propres musiciens avec qui je joue depuis dix ans. C’est plus Alexandre qui s’adapte à moi, mais avec son talent, rien à craindre. On va lui mettre un chapeau et c’est parti!

Alexandre Da Costa, d’où vous est venue l’idée de ce mariage unique entre le country et le classique?

Ça fait six ans qu’on est à la tête du festival ma conjointe et moi et on écoute les gens, on aime ça avoir leurs commentaires. On a essayé plusieurs choses, différents artistes. C’est sur qu’à la base, notre ADN est la musique classique, mais le changement de nom de l’année dernière était motivé par le désir d’ouvrir notre programmation et de montrer qu’on est ouverts à toutes les sortes de musique tant que c’est de la bonne musique. On garde un gros volet classique parce que c’est important d’être conséquent avec nous-mêmes et on ajoute des soirées spéciales qui sont dédiées à d’autres types de musique. Je suis déjà venu jouer à Mont-Laurier et j’ai toujours beaucoup aimé ça. J’en ai profité pour parler avec les gens qui m’ont partagé leur amour pour le classique, mais qui expliquaient aimer aussi d’autres genres et en particulier la musique country. Si je désire offrir de la musique classique très puriste, ce serait bien de pouvoir aussi offrir quelque chose qui est à la mode et apprécié. De pouvoir offrir, pendant le festival, des spectacles qui sont complètement opposés, différents, apporte le meilleur des deux mondes dans le sens que par le biais des soirées spéciales, le public s’initie doucement à la possibilité de faire le saut et d’aller voir un spectacle classique.

Voyez-vous l’occasion comme étant une opportunité pour le public de vous découvrir d’une nouvelle façon?

Peut-être… On ne se cachera pas que je ne fais qu’une toute petite apparition avec Irvin, juste un clin d’œil. C’est juste pour montrer que les «classiques» ne sont pas snobs et que les «country» ne sont pas fermés au classique. Nous sommes des musiciens qui aimons faire de la musique, que ce soit d’un type ou d’un autre. Les musiciens ça aime la bonne musique et on veut démontrer que finalement, on n’est pas si loin l’un de l’autre.

En tant que directeur artistique du festival, c’est vous qui êtes allé chercher Irvin Blais; pourquoi?

Encore une fois, j’écoute et j’ai senti que ça faisait un certain temps qu’il n’était pas venu dans le coin et qu’il est très apprécié dans la région, alors j’ai pensé que c’était le bon moment pour proposer une soirée comme ça avec un artiste qui a envie de venir. On va voir tout à l’heure, c’est une expérience. C’est la réaction des gens qui va nous permettre de savoir si le concept est bon.

De vous joindre à différents artistes, tout au long du festival, est-ce que ça vous apporte une plus grande charge de travail?

Non, c’est vraiment facile. On ne se cachera pas que la musique classique est la base de tout et c’est très compliqué. Tous les styles de musique moderne découlent de la musique classique. Que ce soit, le rock, le pop, le country, ça devient pour moi des patrons musicaux plus faciles. C’est un peu comme si j’étais un athlète olympique qui performe dans une discipline plus simple que la sienne. Je ne dis pas que la musique populaire est moins difficile, c’est simplement que les réalités sont différentes. Je suis habitué, avec le classique, à un cadre très strict et très serré alors quand je me glisse dans un style différent je m’amuse simplement.

On vous surnomme la rock star du violon, pourquoi et comment vous trouvez ça?

Je le prends comme un compliment parce que moi, ce qui me dérange le plus ce sont les gens qui sont coincés dans ma musique. Il y a des artistes qu’on connaît bien qui se sont libérés des chaînes du classique. Un exemple d’une personne qui est très accessible c’est Yannick Nézet-Séguin de qui on pourrait dire qu’il est la rock star des chefs d’orchestres. Il y a des gens comme ça qui sont inspirants pour notre style de musique. Moi je me suis dit: “J’aimerais ça faire partie de ce groupe-là”! Je pense que j’ai tellement de fun à jouer du violon que je montre vraiment qui je suis quand je monte sur scène. Si on me donne le nom de rock star du violon c’est peut-être parce que j’ai plus de fun que d’autres ou parce que je le montre plus (rire). Ce n’est pas moi qui a inventé ça le titre de rock star, c’est venu comme ça et selon moi ça ne veut pas dire que je suis meilleur qu’un autre, mais plutôt que l’électricité passe bien entre moi et le public. C’est important de garder ça, de ne jamais perdre ce contact-là. Pour moi, ce surnom, c’est un peu comme si ça me donnait le droit d’aller ailleurs. Oui, je fais du classique, mais maintenant qu’on me reconnaît pour ça, j’ai envie d’élargir un peu mes horizons et d’explorer. Jamais je ne délaisserai le classique, mais j’évolue et je m’adapte. Je me permets, après 20 ans, d’ajouter de la couleur à mon style.

Irvin Blais était vraiment heureux de se joindre au Festival international Hautes-Laurentides (photo: Kathleen Godmer – Le Courant des Hautes-Laurentides).

«Le plus important, c’est que le public aime ça. C’est pour lui que je fais ça et c’est lui qui me nourrit chaque jour.» – Irvin Blais

Galerie de photos

Partager:

Kathleen Godmer , journaliste

  • Courriel