Suivez le courant!       819 623-7374
Partager:
5 juin 2018

Avocat, docteur en droit et politologue f_berard@twitter

Kinder Morgan ou le Waterloo de Justin Trudeau

Frédéric Bérard

À titre de chroniqueur politique, il est toujours difficile, voire archi-hasardeux, de faire des prédictions-choc. Le genre de trucs pouvant venir te hanter tôt ou tard. Bien au courant de cet écueil potentiel, et même si l’envie m’en prend trop fréquemment, j’évite de tomber dans le piège.

Sauf cette semaine. À titre de «cadeau de départ» de CFLO FM du grand Stephan Tremblay, j’ai osé le pari. Il pourra ainsi, le cas échéant, se moquer de moi. Voilà: le dossier Kinder Morgan constituera le Waterloo de Justin Trudeau. Nous aurons, ainsi, un nouveau premier ministre en 2019. Voilà, c’est dit. Et j’assume.

Parce que le truc est trop absurde, trop fort, trop anachronique. Vous y pensez, un instant? L’État canadien achète, donc avec le fric des contribuables, un…pipeline. Oui, un pipeline. En 2018.

Un investissement, de nous dire Bill Morneau, le ministre des Finances. Pourquoi? Parce qu’Ottawa trouvera aisément une manière de le revendre à moyen terme, avec profits. Le 4,5 milliards investis-quand même! servirait d’ailleurs non seulement à remplir les poches du contribuables canadiens mais aussi, on l’a compris, à assurer la réalisation du projet. Meilleure invention depuis l’eau chaude, donc.

Non mais. Sans blague. Vous ne remarquez pas l’ironie, pour ne pas dire autre chose, de l’affaire? Sur quoi tournent au fait les engagements politiques du gouvernement Trudeau? Essentiellement sur trois choses: les affaires autochtones, un fédéralisme de conciliation, et l’environnement. Or, la présente décision de son gouvernement vient, sans aucun doute, attaquer de plein fouet ces trois plateformes.

Les affaires autochtones, d’abord. Oui, certaines consultations ont eu lieu au préalable, mais peut-on réellement croire que les territoires autochtones sur lesquels passera le pipeline en question laisseront ceux-ci muets? Des manifestations ont déjà eu lieu pour moins que ça, de mémoire d’homme.

Deuxièmement, les relations entre Ottawa et les provinces. À cet égard, Justin, du moins en apparence, se veut beaucoup moins revendicateur et belliqueux que son père. En apparence, disions-nous. Parce que dans les faits, franchement, la distinction semble difficile à faire. Regardez seulement les questions relatives à la légalisation du cannabis ou du rapport d’impôts unique. Ouvert en surface, mais même fin de non-recevoir. S’ajoute à ceci le présent exemple, où la Colombie-Britannique refuse corps et âme l’installation du pipeline en question en ses terres. Au point où elle compte demander aux tribunaux d’interdire tout simplement celui-ci. Si ça se trouve, la décision de première instance devrait être rendue d’ici 18 mois, soit pendant… la prochaine campagne électorale. Disons aussi que Trudeau peut maintenant dire adieu aux sièges libéraux dans cette même province.

Enfin, et surtout, l’environnement. Bien facile d’aller se pavaner à Paris afin de signer un accord sur les changements climatiques. Facile aussi de prendre un selfie en kayak le jour de la terre. Plus complexe, apparemment, de faire en sorte que les bottines suivent les babines.

Pardon, je dois répéter, histoire de me convaincre: un gouvernement qui achète un… pipeline? En… 2018? Appelons ça le comble de l’ironie ou, dans le cas du gouvernement Trudeau, d’hypocrisie masquée à coup de selfies.

Vous y pensez, un instant? L’État canadien achète, donc avec le fric des contribuables, un…pipeline. Oui, un pipeline. En 2018.

CHRONIQUE

juridique

Partager:

Frédéric Bérard