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1 juin 2018

Grâce au travail de plusieurs experts

Les Métis de la vallée du Lièvre sortent de l’ombre

Simon Dominé , Rédacteur en chef

Me Pierre Montour s’adresse aux membres de la Communauté Métis Autochtone de Maniwaki, le 13 mai dernier à Mont-Laurier (photo: Simon Dominé – Le Courant des Hautes-Laurentides).
Me Pierre Montour s’adresse aux membres de la Communauté Métis Autochtone de Maniwaki, le 13 mai dernier à Mont-Laurier (photo: Simon Dominé – Le Courant des Hautes-Laurentides).

Afin de prouver son existence et ses droits devant la justice, la Communauté Métis Autochtone de Maniwaki (CMAM) s’appuie sur le travail d’un généalogiste, d’un anthropologue et de trois historiens.

Afin de défendre un de ses membres de Notre-Dame-du-Laus, Royal Séguin, accusé par la Procureure générale du Québec en Cour supérieur d’avoir occupé sans droit des terres de la Couronne avec un camp de chasse, la CMAM va s’appuyer sur les travaux de quatre experts.

Cette dernière espère ainsi prouver l’existence d’une communauté métisse historique et contemporaine dans les vallées du Lièvre et de la Gatineau.

En plus du généalogiste Youri Morin et de l’anthropologue Michel Bouchard, les services de trois historiens spécialisés dans l’histoire des Métis en Amérique du Nord ont été retenus.

Il s’agit de Bernard Allaire, à qui l’on doit «Pelleteries, manchons et chapeaux de castor, les fourrures nord-américaines à Paris, 1500-1632», publié en 1999, Sébastien Mallette, coauteur en 2016 de «Songs Upon the River; The Forgotten History of the Northwest Pacific Métis», ainsi que Guillaume Marcotte, auteur en 2017 du livre «Les francophones et la traite des fourrures du Grand Témiscamingue».

Leur travail devrait faire l’objet d’une publication, sans que l’on sache encore quand exactement.

À la recherche de témoins

Pierre Montour, l’avocat qui représente Royal Séguin et la CMAM, a expliqué au Courant que les procédures judiciaires devraient être entamées sous peu. «On espère commencer à l’automne», a-t-il indiqué le 13 mai dernier, alors qu’il était dans les locaux de la Légion royale canadienne de Mont-Laurier, où l’attendaient une cinquantaine de membres de la CMAM. La veille, un nombre similaire de personnes avaient écouté ce qu’il avait à leur dire, à Maniwaki cette fois.

«J’ai besoin de témoins pour déterminer leurs territoires de chasse et de pêche», a expliqué Me Montour. Selon lui, les Métis contemporains peuvent témoigner de pratiques (chasse, pêche, cueillette de ressources naturelles, récolte de bois) permettant à un juge d’inférer que c’était des pratiques de leurs ancêtres avant que les vallées du Lièvre et de la Gatineau ne soient ouvertes à la colonisation, au 19e siècle. Le juge pourrait ainsi établir quel est le territoire ancestral de la communauté.

Une culture distinctive

Le travail du généalogiste, de l’anthropologue et des historiens a permis de retracer près de 50 familles métisses le long de la rivière des Outaouais et de ses affluents comme les rivières du Lièvre et Gatineau, grâce à des actes de baptême, de mariage ou de décès, entre 1837 et 1849. Ces familles auraient aujourd’hui au moins 1 200 descendants directs, aux dires de Me Montour.

Le territoire couvert partirait ainsi de Buckingham en Outaouais jusqu’à Pembroke en Ontario, pour remonter jusqu’au lac des Sables (Notre-Dame-du-Laus) et le long de la rivière du Lièvre, mais aussi jusqu’à Lac-Sainte-Marie, La Visitation (aujourd’hui Gracefield) et Maniwaki.

«Leur particularité à ces gens-là, c’est qu’ils sont tous issus de la traite des fourrures, mentionne Me Montour. (…). C’est pas simplement parce que vous avez un(e) ancêtre indien(ne) que vous êtes Métis. C’est la culture qui est importante. Les Métis ont créé une culture particulière et ce sont ceux qui sont issus de la traite des fourrures.»

Un effet boule de neige

L’avocat explique que l’arrêt Powley (Sault-Sainte-Marie, 2003) a fait boule de neige et a permis à plusieurs communautés métisses de l’Ontario d’être reconnues comme étant historiques et contemporaines. «C’est le même phénomène qui est en train de se faire ici, on fait notre preuve», ajoute-t-il.

Il illustre la situation avec un exemple: «Ici, il y avait Jean-Baptiste Perreault qui faisait la traite des fourrures sur la rivière Gatineau vers 1810-1820 avec sa femme amérindienne et lui, il a pris sa retraite au Lac-Sainte-Marie, il est reconnu comme Métis en Ontario, ses descendants, et il y a d’autres descendants qui sont dans l’Ouest. C’est interrelié».

«On va même à Pembroke en Ontario, où on a trouvé des actes qui étaient entreposés depuis plus d’un siècle et que personne ne connaissait.» – Me Pierre Montour

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Simon Dominé , Rédacteur en chef

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