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29 avril 2018

Mont-Laurier

La Banque Laurentienne plie bagage

Présente à Mont-Laurier depuis le début des années 1990, la Banque Laurentienne du Canada fermera sa seule succursale des Hautes-Laurentides le 18 octobre prochain. Ses activités seront transférées à Saint-Jérôme (photo: Alexandre Dubé – Le Courant des Hautes-Laurentides).
Présente à Mont-Laurier depuis le début des années 1990, la Banque Laurentienne du Canada fermera sa seule succursale des Hautes-Laurentides le 18 octobre prochain. Ses activités seront transférées à Saint-Jérôme (photo: Alexandre Dubé – Le Courant des Hautes-Laurentides).

Fini le service à la clientèle en chair et en os pour les clients de la Banque Laurentienne du Canada (BLC) de Mont-Laurier. À compter d’octobre, ils devront passer par le Web, par le téléphone, ou, pour rencontrer un conseiller en personne, par la route 117 jusqu’à Saint-Jérôme, quelque 175 km plus loin.

Le Courant s’est entretenu avec Hélène Soulard, vice-présidente aux communications pour la BLC, qui confirme que «La succursale de Mont-Laurier va fermer» et que l’on «fusionne ses activités avec celles de Saint-Jérôme» située au 3, boulevard de La Salette.

La décision de l’institution serait due au «changement de comportement des clients, qui se rendent moins fréquemment en succursale pour faire leurs transactions courantes, dont les dépôts, virements, retraits, et vont préférer le faire via des moyens en libre-service».

Mais ces «changements de comportements des clients» observés par la BLC prennent-ils la même ampleur dans les régions éloignées, où le vieillissement de la population se fait davantage ressentir, que dans les grands centres?

«Selon nos données, oui, répond Mme Soulard. On a fait l’annonce très tôt pour offrir l’accompagnement nécessaire et je crois qu’il faut faire attention, il ne faut pas sous-estimer aussi la capacité des gens à pouvoir s’adapter.»

Cinq emplois en péril

Restant évasive sur la suite des choses pour les cinq employés de la succursale de Mont-Laurier, Mme Soulard s’en est tenue à dire que des «dispositions sont prévues pour ces employés-là dans la convention collective».

Elle évoquait la possibilité pour certains de «supplanter» des employés d’autres succursales ayant moins d’ancienneté, mais elle précise que «ça va être vraiment du cas par cas, selon la situation de l’employé».

Tout faire à distance?

Plus aucun guichet automatique, plus aucune boîte de dépôt 24h, plus aucun conseiller et plus aucune adresse: mais que reste-t-il pour les clients de la BLC des Hautes-Laurentides qui ne veulent pas se déplacer sur plus de 50 km? Cinq options s’offrent à eux.

Première option: les guichets du réseau The Exchange

Les clients de la BLC pourront utiliser «sans frais supplémentaires» les trois guichets du réseau The Exchange, qui sont situés à la Banque Nationale de Mont-Laurier (906, boul. Albiny-Paquette), au coin de la Madone et du Pont ainsi qu’à la Banque Nationale de Ferme-Neuve (103, 2e Rue), où il n’y a d’ailleurs plus de service à la clientèle depuis août 2017.

«Ça permet à nos clients d’aller faire leurs dépôts et retraits, les virements entre leurs comptes, vérifier leurs soldes et changer de NIP (Numéro d’identification personnelle), comme si c’était un guichet de la Banque Laurentienne», affirme Mme Soulard.

Or dans une lettre envoyée aux clients pour les aviser de la fermeture imminente de la succursale, dont Le Courant a obtenu copie, la BLC explique clairement que les guichets du réseau The Exchange ne permettent pas de transiger avec de la monnaie américaine ni de payer de factures, comme c’est possible de le faire dans les guichets automatiques de la BLC.

Aussi, aucune transaction entrant ou sortant d’un compte à deux signataires et plus ne pourra être effectuée, tant dans les guichets associés à The Exchange que via BLCDirect.

Deuxième option: les plateformes numériques

Les «changements de comportement des clients» s’inscrivent en grande partie dans le virage numérique que prennent les institutions financières depuis plusieurs années. Le service BLCDirect, disponible sur le Web ou via l’application mobile, permettra aux clients de continuer de payer leurs factures et de virer des fonds.

Troisième option: le centre télébancaire

Hélène Soulard explique que lorsque les clients «viennent nous voir en succursale, c’est vraiment pour des services-conseils plus recherchés». «On peut parler d’un renouvellement d’hypothèque, pour des placements, pour des solutions de financement», illustre-t-elle.

Les clients ne seront toutefois pas dans l’obligation de se rendre à Saint-Jérôme car «il y a certains de ces services-là qui peuvent se faire par téléphone, qui ne nécessitent pas toujours un déplacement en succursale».

Quatrième option: une alternative négligée?

Avec la fermeture de celle de Mont-Laurier, quelle succursale est la plus près des clients des Hautes-Laurentides? Celle de Saint-Jérôme? Non.

La succursale de Maniwaki, située à seulement 45 minutes de voiture de celle de Mont-Laurier, demeurera ouverte. C’est ce qu’a confirmé Mme Soulard au Courant, bien qu’elle soit incapable d’assurer qu’elle le restera à moyen et long terme.

Mais si comme l’affirme la vice-présidente aux communications de la BLC «pour nous c’est important d’optimiser notre présence géographique pour bien répondre aux besoins et aux habitudes de nos clients», pourquoi ne pas avoir fusionné les activités des succursales de Mont-Laurier et de Maniwaki?

Incapable de fournir une explication précise, Mme Soulard, qui répétait que «différents critères sont pris en compte» dans une telle décision, a évoqué l’idée que «les gens vont peut-être se déplacer plus souvent vers Saint-Jérôme que Maniwaki».

Invité à commenter le dossier à titre de directeur général du Centre local de développement (CLD) d’Antoine-Labelle, Frédéric Houle croit que «plus loin la décision est prise du lieu d’impact, plus les fins détails peuvent échapper lors de ce genre de prise de décision».

Il croit que, tant dans le monde entrepreneurial que gouvernemental, comme «il y a une ligne sur la carte» on «ne pense jamais à l’Outaouais collé à côté». «Ça aurait été vraiment plus aidant pour la clientèle de la MRC d’Antoine-Labelle de se faire rediriger vers le point de service de Maniwaki», pense-t-il, d’autant plus que ça aurait permis de «consolider» cette succursale.

Cinquième option: aller voir ailleurs?

M. Houle évoque une autre option qui, elle, ne plaira assurément pas à la BLC. «Ne plus offrir [aux clients] un service à proximité de leur domicile, c’est vraiment pour moi une manière de leur dire “Regardez, quand ce sera le temps de renouveler vos hypothèques et ainsi de suite, allez voir les [institutions financières] qui resteront”», perçoit le directeur général du CLD.

Il ne croit pas que la décision s’est réellement prise sur la base du changement des habitudes de consommation des clients: «Tout ce qui “drive” une banque, c’est le retour sur investissement, ou le rendement aux actionnaires. La banque doit toujours générer de plus en plus d’argent.»

«À la fin de l’histoire, pour fabriquer plus d’argent, t’enlèves des “bodys”, t’enlèves de la brique, puis tu offres tous les services en ligne», explique-t-il.

Il reconnaît l’utilité des «services mobiles [mais] de temps en temps on a besoin de rencontrer quelqu’un pour avoir une offre intéressante, ou du moins échanger pour se faire rassurer, c’est quand même à eux qu’on confie notre argent».

Selon lui, obliger les clients «de s’en aller à deux heures pour avoir des services, c’est comme si la Banque voulait juste plus avoir ces clients-là». Siégeant sur le conseil d’administration de la Caisse Desjardins du Cœur des Hautes-Laurentides, M. Houle tenait à préciser qu’il «ne voulait surtout pas dire “Allez chez Desjardins”».

Une journée portes ouvertes avant d’y mettre la clé

Une journée portes ouvertes aura lieu le jeudi 10 mai prochain, de 14h à 18h. Pourquoi les clients devraient-ils s’y présenter? «La journée portes ouvertes, c’est justement pour répondre aux questions que les clients pourraient avoir», répond Mme Soulard.

«Moi, quand j’ai lu [la lettre aux clients] je me suis dit que cette entreprise-là ne voulait plus de la clientèle locale. C’est ça ma conclusion bête quand je lis la lettre.»

- Frédéric Houle,directeur général du CLD

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