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30 avril 2018

Avocat, docteur en droit et politologue f_berard@twitter

Stephen versus Justin

Frédéric Bérard

exte texte tex exteTout juste après l’élection de Stephen Harper comme premier ministre, un ami avec des contacts politiques hallucinants me dit la chose suivante: «Je viens de parler avec le greffier du Conseil privé, à Ottawa. Et tu sais quoi? Il est convaincu qu’Harper est le politicien le plus brillant, le plus stratège, qu’il a vu de sa vie». On verra bien, m’étais-je alors lancé à moi-même.

Vrai, en rétrospective, qu’Harper était un sacré politicien. Drôle à dire, hein? Parce qu’avouons-le, le chef du Parti conservateur se démarquait surtout par son côté atypique, son caractère anti-politicien classique, si vous aimez mieux: chaleureux comme un Mister Freeze en janvier et ultra-méga cérébral, rien ne semblait le destiner à gouverner le Canada. Et pourtant. Après une bonne dizaine d’années au pouvoir, et une tonne de réformes, notamment idéologiques, il finit par être battu. Comprenez-moi bien: je détestais les politiques d’Harper à m’en confesser. Du genre à me lever la nuit pour le faire. Alors où m’en vais-je avec ça? Ici: Harper, même si on pouvait le détester à se taper la tête sur les murs, possédait une caractéristique intéressante. Il avait l’air d’un… premier ministre.

Et ça a l’air de quoi, un premier ministre? Tout le contraire de Justin, faut bien l’admettre. En ondes avec mon ami Tremblay, de CFLO FM, ce dernier me balance: «Fred, Justin, je ne suis plus capable. Il me fait honte! Avant, c’était Sophie qui me faisait honte, maintenant, ce sont les deux!».

Et soyons honnêtes: ce sentiment de honte commence à être drôlement répandu chez l’électorat. Et une population peut-elle pardonner une telle chose à son premier ministre? Pense pas, non. Elle peut passer l’éponge sur quelques tricheries ou politiques douteuses, mais pas sur l’image générale. Ironiquement, on peut même affirmer que Trudeau voit sa médecine devenir sa propre ennemie. Parce qu’au début, toutes les opérations de type égoportraits et costumes fonctionnaient, dans l’opinion publique, à merveille. Ceci marquait la fin de l’ère Harper, un homme manifestement austère, sévère et froid. Vive les voix ensoleillées, de proclamer Justin!

Sauf qu’après quelques mois de politique-spectacle, l’électorat a fini par réaliser l’arnaque. Aucun contenu, juste du vent. Le premier ministre actuel est essentiellement, voire uniquement, bon à une chose: le théâtre. Et comme dans tout party, la même blague est drôle quelques fois, mais après un certain temps, on s’en lasse. Et dans le cas de Justin, disons que le voyage aux Indes aura visiblement été la goutte de trop. Parce que le quasi-ensemble des Canadiens a eu franchement honte, justement, du séjour en question. Un genre de Mardi Gras indien, aux allures clownesques. La goutte, je disais. Au point où dans les sondages actuels, Justin se fait coiffer (mauvais jeu de mots, pardon) par les Conservateurs de l’anonyme Andrew Scheer, connu essentiellement de son père et de sa mère. En bref, et si l’écoeurantite se poursuit, ce sera la fin des haricots.

Morale de l’histoire? Prochaine fois qu’on aura à choisir un gouvernement, ce serait peut-être bien de s’attarder un brin au contenu, plutôt qu’à l’image. Le marketing n’est-il pas, depuis l’invention du concept, une source intarissable de décevants mirages?

Aucun contenu, juste du vent. Le premier ministre actuel est essentiellement, voire uniquement, bon à une chose: le théâtre.

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Frédéric Bérard