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30 mars 2018

Médias sociaux, populismes et démocratie*

Frédéric Bérard

chronique juridique
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J’étais de ceux, initialement, voyaient d’un excellent œil l’arrivée des Facebook, Twitter et autres réseaux sociaux de ce monde. Parce que ceux-ci allaient assurer, indubitablement, la démocratisation de la communication, de l’opinion. Vision naïve du phénomène? Peut-être. Probablement, même. Mais je le suis encore. L’optimiste en moi se dit que d’optimiser les échanges sociaux-politiques ne peut que solidifier les assises démocratiques.

J’étais parfaitement, et je le suis encore, contre la réflexion d’un intellectuel que j’affectionne pourtant particulièrement, Umberto Eco: «Les réseaux sociaux ont donné le droit de paroles à des légions d’imbéciles qui, avant, ne parlaient qu’au bar, après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite alors qu’aujourd’hui ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel. C’est l’invasion des imbéciles.»

Pourquoi je suis contre? Parce qu’en plus d’être drôlement élitiste, le propos d’Eco semble omettre une donne importante: des idiots, il y en avait AVANT les médias sociaux. Probablement pas moins, d’ailleurs. Seulement que maintenant, on connaît leur point de vue. Une mauvaise chose? Mais pourquoi ça? On vit en démocratie, non? Ce qui veut dire que ces gens, pour la plupart, votaient déjà. Aussi bien connaître, ainsi donc, leur opinion.

Autre réflexion: quel est, ultimement, le fondement même de cette démocratie? Réponse: l’espoir que les meilleures idées vont l’emporter, et ce, aux suites de débats. Ceux qui souhaitent faire taire l’opinion d’autrui, par censure ou simple snobisme, n’ont visiblement pas compris l’essence de notre régime.

Pire encore: quoiqu’on en dise, les populismes se nourrissent de cette cassure entre les élites intellectuelles et le reste de la population. Celle-ci, et le réflexe est bien normal, se sent flouée et abandonnée. Peut-être à juste titre, parfois. Conséquence? Elle se réfugie derrière le politicien qui joue, justement, la carte anti-élite, anti-establishment. Les exemples pullulent, Trump et Le Pen étant possiblement ses meilleures illustrations. À l’abri des populismes, le Canada? Ce serait une bien grave erreur de le penser. Qui va remporter, et haut la main, les prochaines élections en Ontario? Doug Ford. Un Trump en puissance, maîtrisant avec perfection, comme ce dernier, l’art du «fake news». Ici, au Québec, la CAQ trône dans les sondages avec une avance de plus en plus confortable. Populiste, le parti de François Legault? Dépend des jours. Mais quand on sait que son chef s’est déjà dit fier d’être comparé au président américain, il y lieu de s’inquiéter. Idem quant à son idée de «test des valeurs», où des immigrants ayant échoué celui-ci se verraient alors…déportés.

La solution? Continuer à construire des ponts, à diffuser les connaissances et à poursuivre les échanges, sans snobisme. Plusieurs se sont questionnés sur mon concept de répondre aux questions et commentaires des lecteurs du Métro, par l’entremise de petites capsules vidéos. Vous savez quoi? Non seulement ceci a réduit significativement le nombre de «trolls», mais en plus, le niveau de ces échanges augmente sans cesse. Et j’en suis ravi. Parce que l’abandon de la démocratie par les intellos serait fatal à celle-ci.

*Le présent thème fera l’objet de ma petite conférence du 4 avril, 17h, au Cégep de Mont-Laurier. Il serait, pour moi, un grand plaisir de vous rencontrer personnellement.

«Ceux qui souhaitent faire taire l’opinion d’autrui, par censure ou simple snobisme, n’ont visiblement pas compris l’essence de notre régime.»

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Frédéric Bérard