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19 août 2016

Se faire servir en français

La question linguistique, au Québec, demeure des plus sensibles. Le genre de sujet qui enflamme les passions, les lignes ouvertes. Qui assure la prochaine chicane familiale au party de Noël. Cette sensibilité est, cela dit, facile à comprendre: le fait français demeure, au Canada et ailleurs sur le continent, dans un état de vulnérabilité relatif.

C’est ainsi pourquoi le gouvernement de René Lévesque avait fait adopter, on s’en rappelle, la Loi 101. Délétère pour les uns, impérative pour les autres, la Charte de la langue française, de son vrai nom, avait principalement pour objectif de redorer le caractère français du Québec, jugé en perdition.

En plus d’un volet enseignement, s’ajoutait notamment à cette même Charte l’assurance que les services offerts seraient dorénavant dispensés dans la langue de Molière. Son article 5 est sans équivoque: «Les consommateurs de biens ou de services ont le droit d’être informés et servis en français.» Voilà qui est dit. Dans le cas d’infraction, les responsables, nommément des commerçants, seront théoriquement poursuivis au pénal. Le terme «théoriquement» est ici choisi à dessein…

La semaine dernière, une francophone se présente au McDonald du Marché central, à Montréal. Elle tente de se faire servir en français. Rien à faire. La gérante, visiblement courroucée de cette requête pourtant légitime, réplique: «[traduction] Nous sommes au Canada, ici, madame. Tout le monde devrait pouvoir parler anglais.» Passons sur ce commentaire débile, la réponse me siphonnerait l’ensemble de l’espace prévu pour ce texte.

Alors madame la cliente, maintenant furax, dépose une plainte à l’Office québécois de la langue française (OQLF). L’organisme en avise évidemment le resto, mais refuse d’entreprendre quelconque poursuite pénale en vertu de la loi. Décision étrange? Probablement. Mais il y a plus: selon mes recherches, environ 500 plaintes du même type sont logées à l’OQLF, et ce, chaque année. Combien, par la suite, se retrouvent devant les tribunaux? Aucune. Vous avez bien lu. Zéro…

Appelez à commenter l’affaire, l’organisme confirme ce que vous venez de lire. Son excuse? Pas trop compris, honnêtement. Ce que j’en pense? Bien simple: l’OQLF ne souhaite simplement pas s’empêtrer avec ce qu’elle considère, selon toute vraisemblance, de pures anecdotes. Qu’elle craint un débat devant tribunal où seraient déposées des preuves de type verbales. La parole de Madame X contre la parole de Monsieur Chose. Pas toujours facile, on en convient.

Reste néanmoins la chose suivante: le législateur a précisément reconnu, dans sa loi, le droit pour tout consommateur de se faire servir en français, sans exception aucune. Une question de principe, de valeurs, de choix de société. L’OQLF ne peut, au motif d’une quelconque logistique procédurale, ignorer les décisions de l’Assemblée nationale. Il en va du bon fonctionnement de la démocratie, en un sens.

Toute cette affaire m’amène, enfin, à m’interroger à l’effet suivant: comment se fait-il que McDo puisse encore embaucher, en 2016, des gérants unilingues anglophones? Ronald se ficherait-il des particularités linguistiques de ses sociétés d’accueil? Allez savoir. Remarquons au moins que le célèbre clown s’est manifestement senti un peu mal, dans cette histoire de plainte: à titre de compensation, il aurait offert à la dame non pas un, mais bien deux McFlurrys. De quoi en perdre son latin. Et même son français…

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