Suivez le courant!       819 623-7374
Partager:
26 janvier 2018

Le retour de PKP

Frédéric Bérard

chronique juridique
chronique juridique

Immense nouvelle sur la planète péquiste et, conséquemment, sur la planète politique québécoise : Pierre-Karl Péladeau, baron médiatique et ex-politicien déserteur, en serait à préparer un retour prochain à l’Assemblée nationale. À ceux qui en doutent encore, invoquant les réserves du principal intéressé, permettez-moi de vous trouver un brin naïfs. Pensez-vous sincèrement qu’il soit allé au micro Radio-Canada – qu’il honnit – discuter de son avenir politique, sans plan précis ? Pour le simple plaisir de livrer ses états d’âme ? Juste les lignes de communication employées sont assez évocatrices, merci : « Ma situation familiale est maintenant sous contrôle […], ma fille de neuf ans souhaite que je me présente ». Et la meilleure : « je suis en réserve de la république ». Assez clair, je dirais.

Et pourquoi ne pas avoir alors annoncé clairement ses intentions, à ce stade-ci ? Parce que, si vous souhaitez mon avis, PKP tend d’abord à « lancer un ballon », comme le veut l’expression. Voir quelles seront les réactions à son annonce implicite. Tester l’eau, en d’autres termes. Chez l’électorat, bien entendu, mais aussi chez le militant péquiste. Autant classique qu’habile.

Une fois ceci dit, quoi penser d’un éventuel retour du fils du père de Quebecor ? Plusieurs choses. Un paquet d’affaires, pour tout dire.

D’abord, que son annonce était à la fois surprenante et prévisible, autant contradictoire que ceci puisse sembler. Surprenante, parce que le bougre venait à peine de quitter le navire, invoquant des raisons familiales majeures. Prévisible, du fait qu’il est un secret de Polichinelle que le bonze médiatique s’ennuie pour mourir du haut des tours de Quebecor, passant une partie appréciable de son temps à Twitter sur les enjeux de l’Assemblée nationale, écorchant les libéraux à la moindre occasion utile.

Deuxièmement, qu’un retour serait saugrenu, mais non hors de l’ordinaire : Pierre Trudeau avait fait un truc semblable en 1979, quittant la chefferie pour y revenir quelques temps après.

Ensuite, que PKP ne revient pas en politique pour jouer les seconds violons. Il souhaite, bien évidemment, reprendre tôt ou tard son job de chef. Aurait-il d’ailleurs fait la même sortie publique si Lisée trônait actuellement en tête des sondages ?

Quatrièmement, que l’on puisse sérieusement s’interroger sur la pertinence dudit retour pour le PQ. Parce que, avouons-le candidement, la première aventure pkpiste en politique s’est avérée disons… ordinaire. Nous avons, apparemment, les qualités de nos défauts. Et Péladeau n’échappe pas à la règle : fonceur, leader et seul maître à bord de son empire, rares sont ceux qui réussissent à lui dire non, incluant ses adversaires. Parlez-en à Jean Charest, lequel a fini par lui refiler le Centre Vidéotron tant convoité. Le problème, cela dit, est qu’un parti politique se gère bien différemment d’une multinationale. Particulièrement le Parti québécois, reconnu pour la propension de tous et chacun de critiquer, publiquement, le chef. Ménager les sensibilités et égos, notamment des membres du caucus, figure au premier rang des tâches d’un chef. Pas naturel pour plusieurs, dont PKP.

Enfin, ajoutons à ce qui précède l’histoire du conflit d’intérêts permanent, soit la saga de la fiducie « sans droit de regard ». Autre chose : la guerre d’égo à laquelle se livreraient assurément un Lisée inquiet et un Péladeau frondeur, impatient de reprendre son poste. La confrontation serait d’autant plus évidente que d’aucuns connaissent l’empressement de PKP à mettre l’indépendance de l’avant. Indépendance que le chef actuel a, rappelons-nous, officiellement relégué aux oubliettes…

Immense nouvelle sur la planète péquiste et, conséquemment, sur la planète politique québécoise : Pierre-Karl Péladeau, baron médiatique et ex-politicien déserteur, en serait à préparer un retour prochain à l’Assemblée nationale.

Partager:

Frédéric Bérard